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10/03/2014 10:19 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Pour les Tartares, la présence de soldats russes ramène de mauvais souvenirs

SIMFEROPOL, Ukraine - L'arrivée de soldats russes en Crimée a rouvert de vieilles blessures datant de la Deuxième Guerre mondiale au sein de la communauté tartare.

Les Tartares ont été déportés par Staline après avoir été accusés de collaboration avec les occupants nazis. Plus de 60 ans plus tard, ils craignent de ne plus être les bienvenus sur leur sol natal. Certains ont même organisé des patrouilles pour protéger leurs familles et leurs foyers.

Ils veulent demeurer en Ukraine.

Les tensions se sont accrues après l'annonce de la tenue d'un référendum sur la réunification de la Crimée à la Russie. Ce territoire a été cédé à l'Ukraine par le pouvoir soviétique en 1954 alors que celle-ci faisait partie de l'U.R.S.S.

Si la majorité russophone appuie la réunification, les Tartares musulmans optent pour le gouvernement ukrainien. Ils craignent de devenir la cible des nationalistes russes.

Peu de temps après la fuite du président ukrainien déchu, Victor Ianoukovich, en Crimée, il y a deux semaines, environ 20 000 Tartares ont manifesté dans la capitale Simferopol pour appuyer le nouveau régime pro-occidental à Kiev. Des contre-manifestants sont venus les confronter. Au moins 20 personnes ont été blessées dans les bagarres qui ont suivi.

Le dirigeant d'un de ces groupes d'autodéfense, Diliaver Rechetov, a dit que les siens ressentaient un «soudain sens du danger».

«Au nom de notre sécurité — et parce que personne n'est venu nous protéger — certains ont pris l'initiative de se rassembler pour assurer leur propre sécurité», a-il ajouté.

Au début, le groupe d'Akmechet, en banlieue de Simferopol, était composé de 40 volontaires. En quelques jours, il s'est gonflé à plus de 200 personnes. Il a transformé la mosquée locale en quartier général. Les volontaires, armés de cartes et de lampes de poche, patrouillent les rues mal entretenues et arrêtent tous véhicules suspects.

Un leader de la communauté tartare, Refat Chubarov, dit comprendre pourquoi les Russes de Crimée sont tournés vers Moscou puisque plusieurs d'entre eux se sont installés dans la région après la Deuxième Guerre mondiale. Mais la solution pour eux est de retourner en Russie. «Nous voulons qu'ils comprennent notre amour pour nos terres et qu'ils considèrent le fait que nous n'avons pas d'autre pays. Nous n'avons pas d'autre choix. Eux, ils l'ont.»

M. Chubarov a annoncé que sa communauté boycottera le référendum de dimanche. Il a notamment dénoncé la courte campagne référendaire et la présence des militaires russes qui, selon lui, violent les droits de tous les citoyens de la Crimée. Il a demandé la présence d'une mission de maintien de la paix de l'ONU.

Les Tartares, un groupe turcophone, compte pour 12 pour cent de la population mais ils ont dirigé la Crimée du XVe siècle jusqu'à la conquête russe au XVIIIe siècle.

En mai 1944, peu de temps après que les troupes soviétiques eurent expulsé les nazis qui ont occupé la région, Staline avait ordonné la déportation de l'ensemble de la communauté tartare, les accusant d'avoir collaboré avec l'ennemi. Les 250 000 Tartares ont été expulsés par trains de marchandise vers l'Asie centrale où 40 pour cent d'entre eux sont morts de maladie et de malnutrition.

Les Tartares ont commencé à revenir en Crimée après l'effondrement de l'Union soviétique en 1991.