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10/03/2014 11:54 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Jour 6: Pierre Karl Péladeau au PQ - les critiques fusent de toutes parts

QUÉBEC - Le saut en politique active du magnat de la presse Pierre Karl Péladeau a semé l'émoi, lundi, tant dans la classe politique que dans la confrérie journalistique, au point d'éclipser les autres enjeux, en ce sixième jour de campagne électorale.

Candidat-vedette du Parti québécois dans Saint-Jérôme et actionnaire de contrôle de Québecor, M. Péladeau s'est attiré les foudres du chef libéral, Philippe Couillard, et du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, qui ont tous deux remis en question la pertinence d'une telle proximité entre le monde des médias et celui de la politique.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s'est invitée elle aussi dans le débat en demandant au commissaire à l'éthique, Jacques Saint-Laurent, de se prononcer sur les mesures à prendre pour s'assurer que M. Péladeau ne cherchera pas à utiliser son empire de presse à des fins politiques, pendant la campagne ou après.

Le président de la Fédération, Pierre Craig, estime que si M. Péladeau fait le choix de la politique, il doit renoncer à la propriété de ses médias d'information.

Prudent, M. Saint-Laurent a indiqué que le dossier était délicat, car il n'y avait pas de précédent.

Flairant un déni de démocratie, les chefs de la CAQ, François Legault, et du PLQ, Philippe Couillard, ont formulé la même exigence que la FPJQ, convaincus que le nouveau candidat péquiste venait de se placer en conflit d'intérêts.

Mais M. Péladeau s'est montré intraitable. Questionné à ce propos lundi, il a réaffirmé ce qu'il avait dit la veille, à savoir qu'il n'était pas question de vendre ses actions dans Québecor, un empire hérité de son père Pierre Péladeau. En matinée, il a même semblé disposé à défier le commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale, si jamais on lui demandait de se départir de ses actions.

En fin d'après-midi, par voie de communiqué, il a toutefois corrigé le tir en disant qu'il avait déjà entrepris de collaborer «pleinement avec le commissaire à l’éthique et à la déontologie afin de définir les dispositions nécessaires» qui vont lui permettre de faire le passage en politique «dans le respect des plus hauts standards d’éthique».

«Je vais respecter la loi, le Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale, et toutes les directives qui seront énoncées par le commissaire à l’éthique et à la déontologie», a soutenu M. Péladeau, dans le communiqué rendu public par le Parti québécois.

Quelques heures plus tôt, devant les journalistes, il avait déclaré: «Je n'ai pas l'intention de vendre mes actions. Le mandataire qui va recevoir le mandat de gérer la fiducie va avoir des instructions claires nettes et précises, il n'est pas question de vendre Québecor.»

M. Péladeau ne veut pas voir le siège social du conglomérat quitter le Québec, ni voir son entreprise appartenir à des étrangers. Il s'est cependant engagé à placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard.

La chef péquiste, Pauline Marois, s'est portée à la défense de son candidat-vedette, en disant que tous les membres de son gouvernement, s'il est réélu, incluant M. Péladeau, se conformeraient au code d'éthique en vigueur et à la norme voulant que les avoirs des ministres possédant des entreprises doivent être placés en fiducie, sans droit de regard.

Dans un premier temps, M. Couillard réclamait davantage que la cession des actions dans une fiducie, sans préciser quoi, puis en début de soirée, il a affirmé que Mme Marois devrait contraindre son nouveau poulain à s'exécuter.

«Est-ce qu'il veut faire de la politique ou des affaires? Si la réponse est la politique, à cause de la nature de la business, qui est l'information libre et indépendante pour les Québécois, M. Péladeau doit se départir de ses actions», a-t-il dit.

Et c'est Pauline Marois qui doit prendre la décision, a-t-il ajouté. Les «solutions intermédiaires» comme la fiducie sans droit de regard sont à écarter, compte tenu de la nature de l'entreprise, de la campagne électorale en cours et de la nécessité d'informer les Québécois.

François Legault a jugé qu'il n'était «pas sain en démocratie» de voir un magnat de la presse jouer éventuellement un rôle-clé au gouvernement. Il s'est demandé quel serait l'impact d'une telle candidature sur le traitement de l'information accordé aux différents partis par les médias de Québecor, durant la campagne électorale.

Dans un texte publié dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec, Dany Doucet, vice-président de l'information chez Sun Média Québec, a tenu à se faire rassurant et à dissiper le malaise.

Il affirme que les chroniqueurs ne sont pas soumis à une ligne éditoriale, si bien que fédéralistes et souverainistes, gens de gauche et de droite, oeuvrent côte à côte dans les quotidiens de Québecor.

La direction prend ses décisions sans égard à l'orientation politique du parti au pouvoir, assure M. Doucet.

Lundi, M. Couillard, de passage à Québec, avait choisi de parler d'éducation, en promettant d'abolir 620 postes en cinq ans au ministère de l'Éducation, s'il devient premier ministre.

Il croit pouvoir ainsi économiser au total près de 200 millions $ en cinq ans, somme qui serait réinvestie dans les services aux élèves, notamment en renforçant l'apprentissage de l'anglais en 6e année du primaire.

De son côté, à Trois-Rivières, le chef de la CAQ est revenu à la charge avec son «Projet Saint-Laurent», qui devrait permettre la création de 200 000 emplois en quatre ans dans cette «vallée de l'innovation», selon lui.

Après l'annonce, la veille, de la présence dans son équipe de M. Péladeau, qui a eu l'effet d'un coup de tonnerre, Mme Marois était à Saint-Bruno-de-Montarville lundi pour annoncer un autre gros nom dans son équipe économique: Simon Prévost, dans Montarville, une circonscription actuellement caquiste.

Économiste, M. Prévost était jusqu'à tout récemment président de Manufacturiers et Exportateurs du Québec et auparavant vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

De son côté, à Gatineau, le chef d'Option nationale, Sol Zanetti, a affirmé qu'au-delà des votes à solliciter il souhaitait d'abord et avant tout donner aux Québécois «le goût de se donner un pays». Il a dénoncé «l'attentisme» et les «compromis» qui sont, selon lui, la marque de commerce du Parti québécois et de Québec solidaire.

On a aussi appris que le débat télévisé des chefs aurait lieu le jeudi 20 mars à 20 heures à Radio-Canada et Télé-Québec.

Par ailleurs, l'horaire de diffusion des entrevues des chefs de parti sur le plateau de «Tout le monde en parle» sera revu afin d'éviter que Pauline Marois ne clôture le bal à quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote, a tranché Radio-Canada.

Les dates précises des entrevues avec François Legault, Philippe Couillard et Pauline Marois seront annoncées prochainement. Celle avec la porte-parole parlementaire de Québec solidaire, Françoise David, a été déjà été diffusée, lors de l'émission de dimanche.