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10/03/2014 10:49 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Droit à l'alimentation: le rapporteur de l'ONU dénonce la schizophrénie des Etats

Le rapporteur des Nations unies pour le droit à l'Alimentation, Olivier de Schutter, dénonce la "schizophrénie" des Etats dont les engagements varient selon les enceintes diplomatiques et sont rarement suivis sur le terrain.

"La schizophrénie des Etats est complète: à l'OMC (organisation mondiale du commerce) la mesure du succès reste l'augmentation des exportations et des volumes du commerce international, et dans d'autres enceintes le succès se mesure à la réduction de la pauvreté rurale, à la capacité pour les petits paysans d'avoir de meilleurs revenus grâce à une meilleur accès au marché", a relevé lundi M. De Schutter dans un entretien à l'AFP.

"Quand je rencontre ces gouvernements dans d'autres cénacles (que l'OMC) ils tiennent un discours très contradictoire", ajoute-t-il en citant par exemple leur représentation auprès de la FAO, l'organisation de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation.

Pour le rapporteur, qui présentait lundi à Genève son ultime rapport, "l'OMC reste enfermée dans une idée très 20è siècle de spécialisation de plus en plus forte de chaque région, qui voit l'agriculture comme une marchandise comme les autres et parie sur une division internationale du travail de plus en plus marquée".

"C'était l'hypothèse dominante quand l'agriculture a été inscrite dans les textes de l'OMC à la fin de l'Uruguay Round en 1994-1995. Cette hypothèse a échoué. Il faut que l'OMC accepte de changer de modèle comme on l'a fait déjà dans d'autres enceintes internationales. A l'OMC, on reste rivé à des modèles aujourd'hui dépassés" déplore-t-il.

En fonction depuis 2008, M. De Schutter achèvera son deuxième mandat de rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'Alimentation le 30 avril.

Il devait présenter lundi son rapport de fin de mandat au Conseil des droits de l'Homme à Genève.

Il s'y montre particulièrement sévère sur l'absence de suivi sur le terrain des engagements pris par les Etats dans les enceintes internationales.

"L'absence de volonté politique est un véritable problème: malgré la rhétorique on ne fait pas assez confiance à l'agriculture paysanne pour répondre aux défis alimentaires" insiste-t-il, et de nombreux Etats continuent "de privilégier les cultures de rente pour satisfaire les marchés internationaux".

Alors que les gains de productivité ont permis des augmentations de production qui ont largement dépassé la croissance démographique des 50 dernières années, les problèmes de répartition, eux, n'ont pas été réglés.

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