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09/03/2014 10:53 EDT | Actualisé 09/05/2014 05:12 EDT

Malawi : mariée à 12 ans

Christina Asima a 15 ans, le rire gêné d'une adolescente de son âge, des yeux pétillants, mais les traits fatigués. Mariée à 12 ans, maintenant divorcée, elle élève seule son petit garçon d'un an nommé Praise.

Un texte de Marie Claudet Courriel  

« Ma mère s'est remariée et mon beau-père ne voulait pas de nous. Donc, j'ai dû immédiatement trouver un mari pour s'occuper de mes frères et sœurs », explique-t-elle en Chichewa, la langue nationale du Malawi.

Christina habite à Chitera, un petit village de cultivateurs de maïs au sud du pays. Elle n'est pas un cas isolé au Malawi, un des États les plus pauvres au monde et l'un des plus touchés par les mariages précoces. Une fille sur deux est mariée avant l'âge de 18 ans, bien que la loi interdise les mariages au moins de 15 ans.

Christina est victime des traditions, du sexisme, mais surtout de la pauvreté, comme le souligne la présidente du Malawi, Joyce Banda, lors d'une entrevue à sa résidence de Lilongwe, la capitale.

Joyce Banda est la première femme présidente de son pays. La cause féminine est devenue naturellement son cheval de bataille. Elle vient d'un milieu modeste, mais son père l'a toujours encouragée à poursuivre ses études.

Elle se souvient d'une amie d'enfance qui, malgré ses excellents résultats, n'a pas eu la même chance. Sa famille ne pouvait pas payer l'inscription à l'école secondaire, 6 $ à l'époque. Son amie s'est ensuite mariée à l'âge de 15 ans.

« Elle est restée là où je l'ai laissée », dit la présidente. « Elle a 7 enfants et elle vit dans la misère. Et, regardez où je suis. »

D'après les chiffres de l'UNICEF, seulement une fille sur 10 participe régulièrement à des cours d'enseignements secondaires. Ces écoles sont payantes et peu nombreuses, ce qui rend leur accès difficile.

Au Malawi où, bien souvent, la pauvreté dicte les règles à la place des lois, le rôle des communautés locales est devenu primordial.

En campagne contre les mariages précoces

Dans la région centrale de Ntcheu, le chef Kwataine a entamé une campagne contre les mariages précoces. Bavard, charismatique et haut en couleur, Kwataine est ce que l'on appelle au Malawi une autorité traditionnelle. Il a à sa charge un district d'environ 200 villages.

En 2011, il a fait interdire les mariages aux mineures de 21 ans.

Une somme non négligeable dans un pays où beaucoup vivent avec moins d'un dollar par jour. Selon Kwataine, les mariages auraient diminué de moitié depuis ce nouvel arrêté. Il parcourt maintenant le pays pour essayer de convaincre d'autres chefs de suivre ses pas.

« Je suis le seul chef qui voyage comme ça, mais sans ressources, je n'ai pu parler qu'à quelques chefs. Mon message va changer les mentalités de la plupart d'entre eux, mais il me reste encore beaucoup à faire. »

De retour à Chitera, Christina rêve de retourner à l'école, un vrai défi quand on est mère à 15 ans et sans aucun revenu.

La question se pose alors : mariée, divorcée et mère, est-elle une femme ou une enfant? La frontière est mince, mais pour Christina, il n'y a aucun doute : « Je suis une enfant! »