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09/03/2014 12:45 EDT | Actualisé 08/05/2014 05:12 EDT

Au matin du 11 mars 2004, Madrid plonge dans un bain de sang

Au matin du 11 mars 2004, à partir de 07H37, dix bombes explosent à Madrid et dans sa banlieue à bord de quatre trains bondés qui se dirigent vers la gare d'Atocha, fauchant ouvriers, employés, immigrés et étudiants de 13 nationalités. Bilan: 191 morts et 1.841 blessés.

Le carnage le plus meurtrier jamais commis en Espagne sera immédiatement attribué par le gouvernement conservateur de José Maria Aznar au groupe séparatiste basque ETA, qui n'utilisait pas habituellement ce mode opératoire.

Mais le soir même, le massacre est revendiqué au nom du réseau Al-Qaïda. L'obstination du gouvernement à désigner l'ETA - le groupe niera toute responsabilité dès le 12 mars - signera la défaite de José Maria Aznar aux élections législatives quelques jours plus tard.

"L'escadron de la mort a réussi à pénétrer au coeur des croisés européens et à infliger un coup douloureux à l'un des piliers de l'alliance croisée, l'Espagne", affirme le texte signé des "Brigades Abou Hafs al-Masri/Al-Qaïda", diffusé le soir du 11 mars à Dubaï.

Deux jours plus tard, une cassette vidéo en arabe est retrouvée à proximité de la mosquée de Madrid, revendiquant les attentats "au nom du porte-parole militaire d'Al-Qaïda en Europe", en "réponse" à la "collaboration" de l'Espagne avec les Etats-Unis dans l'opération militaire lancée en Irak un an plus tôt.

José Maria Aznar comptait parmi les plus fervents partisans de l'intervention militaire américaine, malgré l'opposition d'une large majorité d'Espagnols.

Déjà l'Espagne avait été menacée de représailles par Al-Qaïda en raison de l'engagement de son gouvernement auprès de Washington en Irak, dans un message attribué à Oussama ben Laden diffusé le 18 octobre 2003.

Les attentats du 11 mars vont susciter une réaction sans précédent dans ce pays, frappé ce jour-là pour la première fois, avec une extrême violence, par le terrorisme islamiste.

Le lendemain, un Espagnol sur quatre descend dans la rue pour les manifestations les plus massives de l'histoire du pays, qui rassemblent 11,6 millions de personnes, contre le terrorisme.

Le 14 mars, les législatives infligeront un coup politique mortel au gouvernement Aznar et porteront à la tête du pays, contre toute attente, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, adversaire déclaré de la guerre en Irak.

Sitôt en fonction, le nouveau chef du gouvernement ordonnera le retrait des troupes espagnoles déployées en Irak, conformément à sa promesse électorale.

29 des 116 personnes mises en cause durant l'enquête seront jugées à Madrid lors d'un procès-fleuve entre la mi-février et début juillet 2007. Parmi elles, un Marocain qui sera acquitté faute de preuves durant le procès.

21 des 28 accusés seront condamnés. Le tribunal prononcera un total astronomique de 120.075 ans de prison, répartis pour l'essentiel entre deux accusés marocains, condamnés chacun à près de 43.000 ans, et un Espagnol, condamné à plus de 34.000 ans.

En revanche, le tribunal créera la surprise en acquittant Rabei Ousmane Sayed Ahmed, alias "Mohamed l'Egyptien", pourtant présenté comme l'un des organisateurs du massacre, arrêté à Milan le 8 juin 2004 puis extradé vers l'Espagne.

Après un procès en appel, en 2008, devant le Tribunal suprême, il restera 18 condamnés.

Sept des auteurs des attentats s'étaient collectivement suicidés à l'explosif le 3 avril 2004, trois semaines après les attaques, lors du siège par la police de leur appartement de Leganes, en banlieue de Madrid.

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