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08/03/2014 10:59 EST | Actualisé 08/05/2014 05:12 EDT

Venezuela: la Garde nationale bloque une manifestation contre les pénuries

CARACAS, Venezuela - Dans un important tour de force, des centaines de gardes nationaux du Venezuela en armures antiémeute et à bord de véhicules blindés ont empêché une «manifestation des casseroles» de se rendre jusqu'au ministère de l'Alimentation, samedi, pour protester contre des pénuries alimentaires chroniques.

Le gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro a pendant ce temps célébré une déclaration de l'Organisation des États américains soutenant ses efforts pour mettre fin aux pires violences politiques depuis des années, qualifiant le tout de victoire diplomatique. Le Canada, les États-Unis, et le Panama ont été les seuls à s'opposer à cette déclaration.

Plus tard, samedi, plusieurs centaines de manifestants étudiants tentant de bloquer des rues avec des barricades se sont frottés à des policiers utilisant des gaz lacrymogènes dans le quartier chic de Chacao, à Caracas, dans ce qui est devenu un rituel quotidien.

Aucune information ne fait pour l'instant état de blessés ou de victimes, alors que les policiers antiémeute, montés sur des motos, ont poursuivi les protestataires à la brunante.

Plus tôt dans la journée, plus de 5000 manifestants ont cogné sur des casseroles, ont soufflé dans des cornes et des sifflets, en plus de transporter des bannières à travers la capitale pour dénoncer le taux d'inflation très élevé, ainsi que les graves pénuries des produits de base, dont la farine, le lait et le papier de toilette. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans au moins cinq autres villes.

Dans l'ensemble du pays, la population passe plusieurs heures par semaine dans des queues devant les supermarchés, souvent même avant l'aube, sans même savoir quels produits seront livrés.

«Il n'y a rien à acheter. Vous ne pouvez vous procurer que ce que le gouvernement laisse entrer au pays parce que tout est importé. Il n'y a pas de boeuf. Il n'y a pas de poulet», a déploré Zoraida Carrillo, un manifestant de 50 ans à Caracas.

Le maire de la capitale, allié du gouvernement, a refusé un permis de manifestation aux protestataires désireux d'utiliser des casseroles, poussant le leader de l'opposition Henrique Capriles d'accuser les autorités de tenter de criminaliser les manifestations pacifiques.

M. Capriles a également réitéré les plaintes de l'opposition voulant que le gouvernement dépêche «des fonctionnaires et des groupes de paramilitaires — armées par l'État — pour mater les manifestations».

M. Maduro fait face depuis plusieurs semaines à des manifestations quotidiennes sous la direction d'étudiants à travers la nation, événements qu'il définit comme une tentative, par des provocateurs de l'extrême-droite de le renverser.

Tard vendredi soir à Washington, l'OEA a voté en faveur d'une déclaration rejetant la violence et réclamant justice pour les 21 personnes qui, selon le gouvernement du Venezuela, ont été tuées lors des manifestations des dernières semaines.

La résolution, adoptée par 29 pays, a également accordé son appui aux tentatives du président Maduro pour résoudre la crise par le biais du dialogue.

Le Venezuela a rompu ses liens diplomatiques avec le Panama cette semaine après que ce dernier eut demandé à l'OEA de discuter de la situation en sol vénézuélien.

Les États-Unis et le Panama ont affirmé que la résolution adoptée vendredi n'était pas impartiale.

L'opposition vénézuélienne refuse de discuter avec le gouvernement tant qu'il n'aura pas libéré tous les protestataires emprisonnés.

«L'OEA ne peut sanctionner un dialogue dans lequel la majorité de l'opposition n'a ni confiance ni représentation. Seuls les Vénézuéliens peuvent trouver des solutions aux problèmes (de leur pays) mais la situation en cours fait en sorte qu'il est impératif qu'une troisième partie intervienne et facilite le dialogue pour permettre aux Vénézuéliens de trouver ces solutions», indique-t-on dans la déclaration américaine.