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08/03/2014 12:21 EST | Actualisé 08/05/2014 05:12 EDT

Ukraine: les Baltes s'inquiètent de "l'imprévisible" Russie

Debout devant un ancien bâtiment gris du KGB dans une rue animée de Vilnius, Rimantas Gucas, un retraité lituanien, estime que les occidentaux sont en train de répéter les erreurs du passé en n'essayant pas d'empêcher la Russie d'annexer la Crimée en Ukraine.

Le président russe Vladimir Poutine "ne s'arrêtera que si on l'arrête de force. C'est un fou. Les États baltes devraient s'en préoccuper aussi, non?", dit à l'AFP cet homme de 72 ans, qui a grandi sous l'occupation soviétique.

"L'Ukraine nous rappelle l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1938. Devons-nous maintenant attendre l'attaque de 1939 sur la Pologne?", lance Gucas, évoquant l'agression de ce pays par l'Allemagne nazie de Adolf Hitler qui a déclenché la Seconde Guerre mondiale.

La Lituanie s'apprête à célébrer mardi le 24e anniversaire de la proclamation de son indépendance de l'URSS.

L'ancien bâtiment des services secrets du KGB soviétique abrite aujourd'hui un tribunal et un musée avec, gravés sur le mur, les noms des combattants de la résistance qui ont combattu les Soviétiques de 1944 à 1953.

Dans leur tentative ratée pour écraser l'indépendance de la Lituanie, les troupes soviétiques ont tué 14 civils en prenant d'assaut la tour de la télévision à Vilnius en janvier 1991.

"Je pense que Poutine devrait être appelé 'Putler' ou 'Staline II'. Les occidentaux n'ont pas enduré ce que nous avons souffert, et ils ne peuvent tout simplement pas comprendre", dit Birute Jurksiene, une retraitée.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, le dictateur soviétique Joseph Staline a occupé et annexé la Lituanie et ses deux voisins baltes, Lettonie et Estonie, ordonnant des déportations en masse vers la Sibérie.

Les trois pays n'ont retrouvé leur indépendance qu'en 1991, lors de l'effondrement du bloc soviétique et ont rejoint en 2004 l'Union Européenne et l'OTAN pour consolider leur indépendance de Moscou.

- Le bouclier de l'OTAN-

La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, a averti que Moscou pourrait s'en prendre à d'autres ex-pays communistes, comme la Moldavie, les pays baltes ou la Pologne.

"La Russie d'aujourd'hui est dangereuse. La Russie d'aujourd'hui est imprévisible", a martelé Mme Grybauskaite lors d'un récent sommet européen consacré à l'Ukraine. "Il s'agit de réécrire les frontières", a-t-elle ajouté, pointant la Crimée

Kestutis Girnius, analyste de l'université de Vilnius, estime peu probable que le scénario de la Crimée se reproduise chez les baltes qui font partie de l'OTAN et de l'UE.

"L'OTAN perdrait toute crédibilité si elle ne réussissait pas à les défendre, elle a un motif primordial de venir à leur défense. La Russie le sait et évitera de tenter le destin", dit-il à l'AFP.

Washington a envoyé jeudi en Lituanie six avions de chasse F-15 supplémentaires pour renforcer dans le cadre de l'OTAN la surveillance aérienne des pays baltes.

Une réponse à "l'agression russe en Ukraine et au regain d'activité militaire dans la région de Kaliningrad", enclave russe entre la Pologne et la Lituanie, selon le ministre lituanien de la Défense Juozas Olekas.

-Promesses-

En Lettonie et en Estonie, où les russophones représentent environ un quart de la population, les promesses de Moscou de défendre les "Russes ethniques" en Crimée, suscitent l'inquiétude.

"Le scénario de la Crimée ressemble à l'occupation des États baltes par l'URSS en 1940", a commenté sur twitter le ministre des Affaires étrangères de la Lettonie Edgaras Rinkevics.

Leonid, un des 300.000 russophones de Lettonie estime que Moscou n'a rien à faire en Ukraine.

"Utiliser la force militaire, ce n'est pas juste", dit à l'AFP ce sexagénaire sur un marché en plein air de Riga. "C'est une tragédie que Russes et Ukrainiens se dressent les uns contre les autres alors que nous sommes frères", déplore-t-il.

Pourtant, le Centre de l'Harmonie, premier parti au Parlement letton, refuse de condamner l'action de Moscou en Crimée.

Soutenu principalement par les Russes ethniques de ce pays, ce parti qui a des liens avec celui de Poutine, Russie Unie, renvoie Moscou et Kiev dos à dos en estimant que les deux sont responsables des tensions.

En Estonie, Enn Tart, un ancien dissident de l'ère soviétique, affirme, désabusé, que "la Russie fera toujours pression sur ses voisins comme elle l'a fait au cours des siècles passés".

"Mais j'espère que l'UE et les États-Unis vont finir par comprendre qu'il faut stopper Poutine", ajoute-il.

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