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08/03/2014 03:36 EST | Actualisé 07/05/2014 05:12 EDT

Pour la Crimée et la Russie, Konstantin monte la garde

En faction devant le Parlement de Crimée à Simferopol, Konstantin Chaika jure être "pacifique". Mais ce partisan de la Russie a enfilé sur un pantalon de treillis des genouillères militaires et assure "savoir où trouver des armes s'il le faut".

Depuis le 22 février et la destitution à Kiev du président Viktor Ianoukovitch, ce chercheur de 35 ans - il ne veut pas en dire davantage sur sa profession - passe des heures à faire le pied de grue, entre cosaques en toques d'astrakan et babouchkas en colère, devant le grand bâtiment de style stalinien, à attendre l'hypothétique offensive de "nazis venus de Kiev", une référence aux contestataires nationalistes qui ont chassé le pouvoir et ouvert la voie à de nouvelles autorités dans la capitale ukrainienne.

"J'ai vu à la télévision et sur Youtube les groupes de nazis avec les croix gammées attaquer la police et des civils avec des milliers de cocktails molotov sur Maïdan" assure-t-il d'une voix douce. "Au début je n'y croyais pas, ensuite j'ai vu que c'était vrai. Que nous étions en danger. Alors, avec des amis, nous avons décidé de nous mobiliser. Je suis un homme pacifique mais parfois il faut savoir se défendre, lutter pour sa terre".

Selon un planning "qui doit rester secret", il vient prendre son tour de garde sur la place. Il porte un bonnet et une veste noirs, un pantalon camouflé bleu, et en bandoulière un petit sac de sport dont il ne veut pas montrer le contenu. "Je viens parfois la journée, parfois la nuit. J'ai la chance d'avoir un travail flexible", dit-il. "Mais j'ai des amis qui sont là en permanence".

"Il y a quelques jours, il y a eu une rumeur selon laquelle les nazis arrivaient du nord à bord d'un train. Nous nous sommes précipités à la gare mais ils ne sont pas venus", raconte-t-il. Konstantin et ses camarades étaient munis de "gourdins", "bâtons" et "matraques". "Certains d'entre nous avaient des pistolets, des armes légales. Et s'il faut s'armer davantage nous saurons où chercher", assure-t-il.

Il admet qu'il est peu probable que les groupes ukrainiens d'extrême-droite, en première ligne dans les affrontements à Kiev, débarquent en force dans une Crimée majoritairement peuplée de Russes mais assure craindre "des provocations".

Bien que sa famille vive dans la péninsule depuis "plusieurs générations et que certains mêmes se soient battus contre la Russie, cela fait longtemps que nous sommes devenus russes", dit-il. "En fait la Crimée n'a jamais vraiment fait partie de l'Ukraine, elle a toujours été une colonie".

Au référendum du 16 mars sur le rattachement à Moscou, organisé en Crimée et considéré comme illégal par Kiev, Konstantin va "bien entendu voter oui". "J'ai la nationalité ukrainienne. Je ne bougerai jamais d'ici, la Crimée est ma patrie mais je rêve d'un passeport russe", explique-t-il.

Il a noué à la boucle de son sac, en signe de fierté et de reconnaissance, le ruban à trois bandes orange et noir de l'ordre de Saint Georges, symbole russe de la victoire lors de la "grande guerre patriotique" contre l'Allemagne nazie. "C'est notre tradition", dit-il.

Sur la place la pluie glacée qui est tombée toute la journée cesse enfin, la nuit tombe. Des mères de famille aux cheveux blancs, couleurs tricolores russes à la boutonnière, tournent sous une tente elle aussi aux couleurs de Moscou des casseroles de bortsch, distribuent à la ronde des sandwichs au salami.

Refusant, comme s'il s'agissait d'un secret militaire, de révéler jusqu'à quelle heure il va battre la semelle sur son morceau de trottoir, Konstantin admet que sa femme vit dans l'angoisse d'une confrontation violente depuis qu'il a décidé de rejoindre ce "groupe d'amis".

Mais "elle sait que c'est pour elle et pour notre fils Igor, qui a six ans, que je suis ici".

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