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08/03/2014 02:21 EST | Actualisé 08/05/2014 05:12 EDT

Liban: des cas de violence conjugale mortelle sont dénoncés

BEYROUTH - Nada Sabbagh a reçu un coup de fil terrifiant de son gendre le mois dernier, lui demandant de venir voir sa fille parce qu'il allait la tuer.

Le temps d'arriver dans la maison de Beyrouth, au Liban, Mohammed Nuheili avait mortellement battu sa fille avec une cocotte minute. Mme Sabbagh a imploré son gendre de la laisser sortir le corps de la victime à l'extérieur de la demeure mais celui-ci a refusé, affirmant qu'il voulait qu'elle meure devant elle.

Nuheili a été brièvement détenu pour le meurtre de Manal Assi et est toujours interrogé par les autorités.

Ce meurtre, le troisième du genre à survenir en l'espace de quelques mois, a ravivé l'attention médiatique sur la violence conjugale au Liban, petit pays de 4 millions d'habitants.

Bien que le Liban semble plus avancé que d'autres États de la communauté arabe en matière de droits des femmes, la violence conjugale demeure un tabou au pays, les parlementaires n'ayant toujours pas voté sur le projet de loi protégeant les droits des femmes et ce, près de trois ans après son approbation par le cabinet présidentiel.

Par ailleurs, quelque 5000 personnes sont descendues dans les rues de Beyrouth samedi pour demander une meilleure protection envers les femmes et exhorté le Parlement à adopter la loi sur la violence domestique.

«Nous sommes dans la rue parce que nous voulons une loi qui nous protège. Et nous laissons savoir le gouvernement que nous la voulons rapidement», ont affirmé des manifestantes.

Des groupes de défense des droits civils affirment qu'en moyenne, une femme meurt sous les coups de son mari à tous les mois au Liban. Des milliers d'autres sont victimes de violence physique ou verbale.

Un changement semble tout de même s'opérer puisque de tels meurtres, traités comme de simples affaires familiales dont il ne fallait pas parler publiquement, reçoivent désormais une couverture médiatique majeure par les médias locaux ce qui a permis de lancer des campagnes de sensibilisation sur le web.

Les militants pressent également le Parlement, qui ne compte que quatre femmes parmi les 128 députés, d'adopter une nouvelle loi en lien avec la violence conjugale après qu'un comité spécial l'eut approuvé, l'an dernier.

Le rapporteur général du comité parlementaire des droits de la personne, Ghassan Moukheiber, affirme que ce délai est dû au fait que l'Assemblée législative n'a pas siégée depuis la démission du cabinet précédent, en mars 2013.

Outre les agressions physiques, plusieurs Libanaises estiment que le système juridique les discrimine. Les femmes mariées à des étrangers ne peuvent transmettre leur citoyenneté à leur époux ou leurs enfants.