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08/03/2014 08:13 EST | Actualisé 08/05/2014 05:12 EDT

Le patron du Bayern Munich jugé pour fraude fiscale à partir de lundi

Uli Hoeness, patron du puissant club de football allemand du Bayern Munich, sera jugé à partir de lundi pour fraude fiscale dans une affaire qui ne lui a pas encore coûté son poste mais pourrait le mener en prison.

Devant le tribunal de grande instance de Munich, le président du club le plus titré d'Allemagne devra s'expliquer sur des revenus boursiers en Suisse non déclarés dans les années 2000.

Le préjudice pour le fisc allemand s'élèverait à 3,5 millions d'euros, selon la presse. Mais le montant n'a pas été communiqué avant le procès par respect du secret fiscal.

Agé de 62 ans, ce personnage haut en couleur et dirigeant respecté, auteur d'un triplé historique l'an dernier (Ligue des Champions, Coupe et Championnat d'Allemagne) sera présent aux quatre audiences prévues jusqu'à jeudi.

L'affaire Hoeness avait été révélée en avril 2013 par la presse allemande, déclenchant une tempête médiatique et faisant réagir jusqu'à la chancelière Angela Merkel qui s'était dit "déçue" par son comportement.

L'argent à l'origine de la fraude proviendrait d'un "prêt" concédé en 2001 par l'homme d'affaires français Robert Louis-Dreyfus, propriétaire d'Adidas, équipementier et actionnaire du Bayern Munich.

Le milliardaire - mort en 2009 - aurait versé 20 millions de Deutsche Mark (un peu plus de 10 millions d'euros) à Hoeness sur un compte en Suisse pour lui permettre de "jouer en Bourse", comme l'a affirmé le dirigeant bavarois.

"Par moment je boursicotais jour et nuit. C'étaient des sommes qui me paraissent folles aujourd'hui", a-t-il assuré. Certaines transactions auraient même atteint une somme à neuf chiffres, selon les médias. Mais les profits réalisés n'ont jamais été déclarés.

Il a progressivement mis fin à ses activités boursières après avoir perdu beaucoup d'argent en 2007 et dans la crise financière de 2008.

Hoeness n'a cependant jamais régularisé sa situation fiscale, espérant s'en sortir à moindre frais grâce à un accord fiscal entre l'Allemagne et la Suisse en cours de négociations.

Malheureusement pour lui, cet accord a capoté en novembre 2012, juste au moment où la presse allemande commençait à évoquer le compte secret en Suisse d'un important responsable du football allemand, dont le nom n'était pas cité.

Hoeness a entamé en janvier 2013 une procédure d'auto-dénonciation pour se mettre en règle à moindre frais, mais celle-ci a été jugée trop tardive par le parquet de Munich.

Selon le parquet, Hoeness était alors conscient qu'il allait être démasqué...

Son immense villa bavaroise au bord d'un lac en Bavière a été perquisitionnée le 20 mars 2013 et il a dû payer une caution de cinq millions d'euros pour rester en liberté.

Signe du vif intérêt médiatique pour ce procès, les places réservées à la presse, au nombre de 49, et attribuées selon le principe du "premier arrivé, premier servi", se sont arrachées en 27 secondes.

- Un juge intraitable -

Avant le scandale, ce père de deux enfants faisait figure d'autorité morale en Allemagne, menant une vie simple en apparence, aux côtés de sa femme, avec qui il est marié depuis 40 ans.

Connu pour ses positions tranchées, Uli Hoeness, a souvent fait la joie des journalistes par ses déclarations à l'emporte-pièce sur le football ou d'autres sujets.

Attaquant du Bayern Munich et de la sélection nationale allemande (champion du monde 1974), Hoeness vit sa carrière sportive brisée par une blessure. Contraint de quitter les terrains à 27 ans, il devint manageur du club bavarois en 1979 puis président 30 ans plus tard.

Il a fondé une florissante entreprise de saucisses bavaroises dont il a cédé le contrôle à ses enfants.

Proche des conservateurs de Mme Merkel, il affirmait en 2005 dans le quotidien Bild : "je sais que c'est idiot, mais je paye mes impôts au prix fort".

Malgré ses déboires judiciaires, il a gardé la confiance de son club et de ses puissants actionnaires Adidas, Audi et Deutsche Telekom.

Mais Hoeness risque bien plus qu'un départ de la présidence du Bayern puisqu'il encourt 10 ans de prison. Le juge, Rupert Heindl, qui doit prononcer le jugement, a une réputation de magistrat intraitable.

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