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07/03/2014 02:55 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

Un pont pour relier la Russie à la Crimée, quand ceux avec Kiev sont coupés

Seul un minuscule bras de mer sépare la péninsule de Kertch, dans l'extrême est de la Crimée, de la Russie, à laquelle elle n'est actuellement reliée que par ferry. Mais peut-être plus pour très longtemps. Un pont est en projet, symbole fort pour ce territoire déjà russe de facto.

Dans son imposant bureau digne d'un PDG de grande société, dont un des murs est presque entièrement tapissé d'une carte satellite montrant sa ville et un petit bout de l'immense Russie, juste en face, le maire de Kertch dit croire dur comme fer à la construction de cet ouvrage, dans un entretien avec l'AFP.

Le pont, de "7,5 km de long", sera "réalisé en quatre-cinq ans", assure Oleg Ossadtchi, qui en est à son quatrième mandat successif à la tête de cette cité de 145.000 âmes, "à 74% russe", après avoir été élu une première fois en 1998.

Il est vrai que le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a signé lundi un décret confiant à la compagnie publique Rossavtotor la mise en oeuvre de l'ambitieux projet d'un coût évalué à 480 millions d'euros.

- Un vieux rêve -

Russes et Ukrainiens étaient déjà parvenus à un protocole d'accord il y a un peu plus de trois ans, et cela fait 70 ans que Moscou revient régulièrement à la charge.

A partir des restes de celui que l'armée de l'Allemagne nazie avait commencé à installer en avril 1943, un pont de 4,5 kilomètres avait même vu le jour à cet endroit à l'été 1944. Mais, faute d'avoir été assez bien conçu par les Soviétiques, il avait été emporté par des glaces dérivantes, six mois plus tard...

Plusieurs autres projets préparés ultérieurement, en particulier du temps où Russie et Ukraine étaient des "républiques soeurs" au sein de l'URSS, étaient finalement restés dans les cartons.

Cette fois, cependant, "les gouvernements russe et de (la république autonome de) Crimée sont très intéressés", fait valoir Oleg Ossadtchi, ne mentionnant à aucun moment les dirigeants de Kiev, à un millier de kilomètres de là par la route et avec lesquels, au contraire, les ponts semblent définitivement coupés.

Pourtant, le drapeau de l'Ukraine est toujours bien visible à la droite de ce notable, alors que, dans nombre de bâtiments officiels en Crimée, il a été purement et simplement remplacé par celui aux couleurs de la Russie.

Une chose est sûre : du rêve d'Oleg Ossadtchi à la réalité, beaucoup d'eau coulera encore sous d'autres ponts...

Le maire en convient d'ailleurs implicitement quand il martèle que le projet n'en est qu'au stade des "études de l'ensemble des possibilités techniques", qui doivent être terminées d'ici à novembre.

Du coup, "aucuns travaux n'ont commencé" sur le site choisi par les ingénieurs, juste au nord de Kertch, souligne Sergueï Degtiabenko, directeur de l'usine Proliv, spécialisée dans les conserves de produits de la mer, dont 20% partent à l'export, notamment vers la Russie.

S'il reste très évasif sur les retombées économiques espérées et la question des financements, Oleg Ossadtchi a les yeux qui pétillent lorsqu'il décrit les voies ferrées et celles réservées à la circulation automobile que l'ouvrage portera.

Même chose lorsqu'il évoque "le million de personnes" qui, selon lui, pourraient chaque année emprunter le pont, contre les 400.000 effectuant actuellement la traversée de Port-Krymsk à Port-Kavkaz, en Russie donc, avec quatre liaisons aller-retour quotidiennes.

Les candidats au passage du détroit sont d'ailleurs désormais plutôt rares, a constaté un journaliste de l'AFP, auquel un Ukrainien affirme que "les gens ont peur" aujourd'hui de s'y risquer en raison des tensions en cours.

Il faut dire que le déploiement à proximité d'un détachement de soldats russes sans signes distinctifs et qui devraient normalement se trouver de l'autre côté de la frontière n'est guère rassurante.

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