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07/03/2014 12:38 EST | Actualisé 07/05/2014 05:12 EDT

Les "alterconservateurs" américains veulent casser les dogmes de la droite

Peut-on être conservateur aux États-Unis et athée, pour le mariage gay, contre la peine de mort et pour légalisation du cannabis ?

Les tenants d'un libéralisme social et économique prêchent, plus ou moins dans le désert, pour que la droite américaine reprenne ces thèmes à la gauche.

Seul au milieu d'une allée de la conférence annuelle du mouvement conservateur (CPAC), près de Washington, David Silverman distribue des badges: une photo du Capitole, le bâtiment qui abrite le Congrès, avec la légende: "Ceci n'est pas une église".

Le président des "Athées américains" s'est invité tout seul, car son association n'a pas eu l'autorisation de monter un stand dans le centre d'exposition.

"J'ai été exclu parce que j'ai dit que les athées attaquaient l'idée que le conservatisme et la religion chrétienne étaient connectés inextricablement", raconte-t-il à l'AFP. "Ce sont des théocrates, ils expliquent qu'on ne peut pas être gay et se marier, on ne peut décider de mourir dans la dignité.... ce n'est pas du conservatisme, c'est toujours plus d'Etat".

"Les conservateurs doivent aller de l'avant pour que les démocrates arrêtent de gagner les élections sur des questions stupides comme le mariage gay, et se mettent à parler des questions importantes, à savoir la réduction du rôle de l'Etat et une armée forte".

A la CPAC, le mouvement conservateur s'expose dans tout son folklore. Les grandes organisations comme la National Rifle Association (NRA, lobby des armes à feu), les organisations de défense du "mariage traditionnel" et les groupes affiliés au Tea Party forment l'ossature et la base idéologique de la droite américaine. Sans compter les amuseurs publics comme le milliardaire Donald Trump, ou Sarah Palin, qui mène carrière à la télévision.

Mais un réseau de militants arguent que le dogme conservateur est pétri de paradoxes. Si les conservateurs veulent défendre la liberté individuelle et réduire le rôle de l'Etat dans la vie des citoyens, pourquoi promouvoir tant d'intervention sur les questions de société?

- Le dogme des peines planchers -

La peine capitale: les conservateurs devraient exiger son abolition au nom du respect de la dignité de la vie humaine, explique Jon Crane, du groupe des Conservateurs préoccupés par la peine capitale, à l'AFP. La peine de mort donne trop de pouvoirs à l'Etat, dit-il, et elle coûte cher aux contribuables à cause des procédures judiciaires extrêmement longues et financées par l'Etat.

"Nous convainquons les gens un par un", dit Jon Crane, optimiste.

Le cannabis? Une question de responsabilité individuelle, selon Howard Wooldridge, un ancien policier qui arpente les allées vêtu d'un T-shirt: "Les policiers veulent légaliser le cannabis, demandez-moi pourquoi".

La lutte contre la drogue engloutit en outre des milliards de dollars aux contribuables, pour une efficacité douteuse, martèle-t-il, convaincu que les conservateurs se convertiront progressivement à sa cause.

Et y a le plaidoyer de nombreuses personnalités et du gouverneur du Texas, Rick Perry, contre les peines planchers, que celui-ci qualifie de "concept vraiment mauvais", responsable de la surpopulation carcérale, sans avoir réduit la récidive.

Le Texas, a rappelé Rick Perry vendredi, a réformé son système pénal pour "donner une seconde chance" aux délinquants. L'Etat a mis en place depuis plus de dix ans des "drug courts": au lieu d'incarcérer les personnes arrêtées pour possession de stupéfiants, la justice ordonne un traitement et un suivi pendant un an ou plus.

"Vous voulez parler de gestion publique vraiment conservatrice? Fermez les prisons et économisez de l'argent!" a-t-il lancé vendredi. "Nous ne somme pas connus pour être un Etat laxiste sur la délinquance, mais j'espère qu'on gagnera la réputation d'être un Etat intelligent sur la délinquance".

Et Rick Perry de noter, avec malice, que le président Barack Obama a salué les réformes texanes.

De fait, la remise en cause des peines planchers semble figurer parmi les questions les plus mûres au sein du camp conservateur, comparées aux autres réformes de société. Un prétendant officieux à la Maison Blanche en 2016, le sénateur Rand Paul, en a fait l'un de ses sujets de prédilection.

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