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06/03/2014 06:43 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

Les nerfs sont à vif en Crimée où l'"occupation" russe s'installe

Une semaine après le début de l'"occupation" russe en Crimée, la situation semble relativement calme mais les nerfs restent à vif alors que les forces russes font face aux troupes ukrainiennes dans cette péninsule de la mer Noire.

Jusqu'à présent, la prise de contrôle par la Russie de la Crimée s'est avérée pacifique, avec seulement quelques tirs de semonce lancés en l'air.

Mais la tension reste élevée et les habitants craignent qu'avec autant de gens armés au même endroit, une flambée de violences n'éclate facilement.

"Pour l'instant, la vie est à peu près normale, les gens travaillent, vont à l'école, font leurs courses", dit Lydia Kouzminitchna, 72 ans, une habitante de la capitale de la Crimée, Simféropol.

"Mais bien sûr, nous sommes inquiets, tout peut arriver. C'est une situation très dangereuse", ajoute-t-elle.

- Soldats ukrainiens nerveux -

A travers la péninsule, des hommes armés en uniformes militaires et brandissant des fusils d'assaut ont encerclé les installations militaires ukrainiennes. Les autorités ukrainiennes affirment qu'ils se comptent par milliers.

Des convois de camions militaires transportant des soldats russes sillonnent la péninsule, relativement aisée à isoler du reste de l'Ukraine, étant liée au continent uniquement par l'étroit isthme de Perekop.

La Russie dément qu'il s'agisse de soldats russes. Mais au vu de leur uniforme, de leur équipement sophistiqué et de leur conduite, peu de doutes subsistent sur le fait qu'ils font partie des forces spéciales russes.

A l'intérieur des bases, les soldats ukrainiens, nerveux, tiennent leurs positions, refusant de se rendre ou de déposer les armes. Mais ils ne sont visiblement pas prêts à faire face à un assaut de grande ampleur.

"Nous ne sommes pas préparés à faire face aux forces spéciales russes", admet Andreï Matchenko, un capitaine dans la base assiégée de Belbek, près de Sébastopol. "Ce n'est pas ce pour quoi nous avons été entraînés et équipés", souffle-t-il.

Les forces russes se sont déployées à travers la Crimée, république autonome ukrainienne, après que des hommes armés pro-russes ont saisi le 27 février des bâtiments du gouvernement, après la destitution du président Viktor Ianoukovitch.

Depuis, un Premier ministre pro-russe a été nommé. Jeudi, le parlement local a demandé jeudi à Vladimir Poutine le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie et annoncé l'organisation d'un référendum le 16 mars pour le valider.

Les Russes de Crimée, qui représentent 60% de la population de la péninsule, accueillent d'un oeil favorable les forces de Moscou, estimant que sans elles, la situation aurait pu finir comme à Kiev le mois dernier où une centaine de personnes sont mortes lors de violents affrontements.

"S'il n'y avait pas de soldats russes, ce serait comme à Kiev ici, exactement pareil", déclare Sergueï, proche de la quarantaine. "Les gens ont commencé à être rassurés quand les soldats sont arrivés".

- Souvenirs des déportations -

De leur côté, les Tatars, qui représentent 12 à 15% de la population et sont résolument contre le rattachement de la Crimée à la Russie, sont bien moins enthousiastes à l'idée de voir ces soldats.

"Nous vivons un moment difficile", confie devant une mosquée Fevzi Yakoubov, 76 ans, recteur d'une université en Crimée. "Nous sommes des Ukrainiens et nous sommes des patriotes", ajoute-t-il.

Pour de nombreux Tatars, l'arrivée des soldats russes a ravivé les douloureux souvenirs des déportations de masse de Tatars de Crimée vers la Sibérie et l'Asie centrale par Staline en 1944.

M. Yakoubov, qui avait 7 ans à l'époque, a fait partie de ceux qui ont été déportés en Ouzbékistan. Il n'a été autorisé à revenir en Crimée qu'après la chute de l'URSS.

"Il y a bien sûr des craintes que cela ne recommence. Mais c'était il y a longtemps et le monde est trop ouvert maintenant pour ça", dit-il.

"Nous devons trouver un moyen de calmer les choses", poursuit. "Heureusement personne n'a encore été tué ou blessé. Nous devons travailler tous ensemble pour faire en sorte que les choses n'empirent pas".

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