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06/03/2014 08:12 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

La question des réparations de guerre divise les présidents grec et allemand

Le président allemand Joachim Gauck a affirmé jeudi à Athènes qu'il n'existait plus aucune "voie légale" permettant à la Grèce de réclamer des réparations pour les crimes nazis comme l'a souhaité son homologue grec Carolos Papoulias, en appelant à de "rapides discussions" sur ce sujet.

"La Grèce n'a jamais renoncé (aux réparations, ndlr) et exige la résolution de cette question avec l'ouverture rapide de discussions", a déclaré le président de la République grecque qui reçoit M. Gauck pour une visite de deux jours en Grèce.

La réponse courtoise de son homologue n'a pas dévié de la position de l'Allemagne sur ce vieux débat qui a resurgi avec la crise : "Vous savez que je ne peux vous faire d'autre réponse que vous dire que la voie légale est fermée", a répondu, à ses côtés, M. Gauck.

Le gouvernement allemand a toujours fait valoir que la question des réparations de guerre avait été réglée dans le cadre d'accords entre Etats à la Conférence de Paris en novembre 1945.

Le président allemand a cependant affirmé son intention, au cours de cette visite en Grèce, de "reconnaître la culpabilité de l'Allemagne" pour les victimes de la guerre, "un mot qui n'a pas qu'un sens pénal mais aussi un sens moral, c'est à lui que je me réfère".

Lors d'une rencontre avec Alexis Tsipras, leader de l'opposition de la gauche radicale Syriza, qui a fait des réparations allemandes l'un de ses mots d'ordre, le président allemand a fait face aux mêmes revendications: "(...) Nous, en tant que prochain gouvernement serons contraints -parce que le peuple se trouve en situation de crise humanitaire- de demander le remboursement de la dimension matérielle, et morale, de cette dette historique", a déclaré M. Tsipras dont le parti se dispute la première place des sondages avec les conservateurs du Premier ministre Antonis Samaras.

M. Gauck se rend vendredi avec M. Papoulias à Liguiades, une localité située près de Ioannina en Épire, à 400 km au nord-ouest d'Athènes, où le 3 octobre 1943 les nazis avaient tué 90 personnes, dont des dizaines d'enfants, en représailles à des attaques des résistants grecs contre l'armée allemande.

Originaire de Ioannina, M. Papoulias, 84 ans, a participé à la résistance antinazie de 1942 à 1944. Il a étudié en Allemagne et séjourné dans ce pays pendant la dictature des colonels.

En septembre 2012, la Grèce avait créé, sous l'égide de la Cour des comptes, un "groupe de travail" en vue de chiffrer le montant des réparations qu'elle pourrait réclamer à Berlin. Selon des fuites dans la presse, ce rapport a abouti au montant de 162 milliards d'euros.

Historiens et juristes jugeaient cette initiative peu susceptible d'aboutir, mais plutôt destinée à passer un message politique à l'opposition ainsi qu'à une Allemagne considérée comme responsable des difficultés de la Grèce.

La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères, Evangelos Venizelos, a demandé une nouvelle expertise sur ce rapport jugé insuffisant. "Par la voie juridique, nous n'avons aucune chance d'aboutir", a-t-il tranché devant une commission parlementaire.

Le président allemand a exprimé son "profond respect" pour les Grecs qui ont "porté le fadeau" des mesures d'austérité prises depuis 2010 pour juguler les risques de faillite du pays.

Alors que les manifestations étaient interdites jeudi dans le centre d'Athènes à l'occasion de la visite de M. Gauck, des centaines d'ouvriers du bâtiment, dont une majorité de sympatisants du Parti communiste grec (KKE), se sont rassemblés pour protester contre le chômage qui frappe le secteur.

Ils ont été repoussés par les forces antiémeute quand ils se sont approchés de la place Syntagma, quartier du Parlement et du palais présidentiel où était reçu le président allemand. De brefs affrontements ont eu lieu entre manifestants et policiers qui ont eu recours au gaz lacrymogène pour les disperser, a constaté un photographe de l'AFP.

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