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06/03/2014 09:05 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

Inversion du flux du pétrole : jour J pour Enbridge

C'est cet après-midi que l'Office national de l'énergie fera savoir s'il autorise Enbridge à inverser le sens de l'écoulement du pétrole dans la canalisation 9B, qui relie North Westover, en Ontario, à Montréal, en passant par la rivière des Outaouais et les municipalités de Mirabel, Sainte-Anne-des-Plaines, Terrebonne et Laval.

La pétrolière a déjà reçu ce feu vert pour la section d'oléoduc 9A reliant Sarnia à North Westover, près de Hamilton.

L'organisme de réglementation fédéral doit aussi se prononcer sur la demande d'accroissement de la capacité sur l'ensemble de la canalisation 9 ainsi que sur une révision des règles et règlements tarifaires pour cet oléoduc afin qu'il transporte du pétrole brut lourd.

Depuis 1999, la canalisation 9 transporte du pétrole de Montréal jusqu'à Sarnia. Enbridge veut inverser le flux pour approvisionner des raffineries de l'Ontario et du Québec avec du pétrole albertain, moins cher que le brut en provenance d'outre-mer. Il s'agirait en fait d'un retour au sens de l'écoulement approuvé à l'origine, en 1975.

Enbridge souhaite acheminer entre 240 000 et 300 000 barils de pétrole brut vers l'est du pays.

Une commission parlementaire tenue cet automne à l'Assemblée nationale a recommandé au gouvernement du Québec d'aller de l'avant, mais en fixant 18 conditions. Parmi elles : avoir des garanties quant à l'étanchéité de l'oléoduc, obtenir plus d'information sur la quantité et le type de pétrole transporté, et surtout, s'assurer que la compagnie prévoira des fonds en cas de catastrophe. Enbridge s'était engagée à analyser le rapport de la commission, sans faire de promesses.

L'appui du gouvernement Marois était déjà manifeste. La ministre déléguée à la Politique industrielle, Élaine Zakaïb, avait déjà déclaré lors de la commission parlementaire que l'oléoduc « contribuerait à améliorer l'ensemble de l'activité économique du Québec ». Son collègue au Développement durable et à l'Environnement, Yves-François Blanchet, avait plaidé que le Québec « ne peut pas demain s'imposer le choc économique de renoncer au pétrole ».

Le maire de la Ville de Montréal, Denis Coderre, avait appuyé le projet sous conditions. Il estimait qu'il faut faire toutes les études environnementales nécessaires pour s'assurer qu'il n'y aura pas de risque d'accident.

Le projet d'Enbridge a cependant ses opposants, dont les environnementalistes, qui s'inquiètent de l'état de l'oléoduc, et qui ne manquent pas de critiquer le bilan de la compagnie en matière de sécurité. « La question du pipeline d'Enbridge n'est pas de savoir s'il va y avoir un déversement. La question est : où et quand? », s'était notamment alarmé Nicolas Mainville de Greenpeace lors de la commission parlementaire.

Les Premières Nations Chippewas et Aamjiwnaang craignent aussi une catastrophe environnementale susceptible de contaminer leurs territoires de chasse et de pêche.

En septembre dernier, l'émission Enquête a révélé qu'Enbridge allait devoir procéder à environ 600 excavations le long de la canalisation 9B afin d'assurer l'intégrité de cette conduite vieille de presque 40 ans, ce qui équivaut pratiquement à une excavation par kilomètre. La compagnie disait alors en faire plus que nécessaire pour examiner - et réparer au besoin - les anomalies qu'elle y a détectées.