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06/03/2014 05:33 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

France: Sarkozy porte plainte pour des enregistrements qui gênent son retour

L'ex-président français Nicolas Sarkozy a saisi jeudi la justice pour tenter de limiter les dégâts et stopper toute nouvelle révélation embarrassante pour un éventuel retour en politique, après la diffusion d'enregistrements clandestins réalisés par un de ses conseillers à l'Elysée.

Selon des proches, Nicolas Sarkozy serait "fou furieux" contre cet ex-conseiller, Patrick Buisson, controversé dans le camp de l'ex-président pour avoir inspiré la "droitisation" de sa campagne de 2012 qui s'est soldée par une défaite après un mandat de cinq ans à la tête de l'Etat.

Jeudi, les avocats de l'ex-président ont annoncé que lui et son épouse Carla Bruni allaient saisir en urgence la justice pour violation de leur vie privée.

Nicolas Sarkozy et son épouse "ne peuvent accepter que des propos, tenus à titre privé, aient été enregistrés et soient diffusés sans leur consentement", ont indiqué dans un communiqué ces avocats, Mes Thierry Herzog et Richard Malka.

Selon des médias, l'objectif est de faire saisir par la police les enregistrements réalisés par Patrick Buisson et d'essayer d'empêcher que de nouvelles bandes potentiellement dévastatrices ne soient rendues publiques.

De son côté, M. Buisson a fait savoir qu'il allait porter plainte pour vol.

Des centaines d'heures auraient été enregistrées en 2011 et 2012 par l'ex-conseiller, avant la dernière élection présidentielle remportée par le socialiste François Hollande.

"Quand il y a des gens qui se comportent mal, il y a aussi en France une justice. Donc si M. Sarkozy s'estime lésé, qu'il dépose plainte", avait commenté jeudi matin le Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault.

La première diffusion d'enregistrements mercredi par l'hebdomadaire Le Canard enchaîné et le site d'informations Atlantico a sidéré la France. Conversations de travail mais aussi conversations privées, critiques de tel ou tel ministre, ironie sur la femme du président, tout y passe.

Selon la radio Europe 1, plusieurs ex-ministres sont pris depuis d'une frénésie de se rappeler les réunions auxquelles ils ont participé en présence de Patrick Buisson, et surtout de ce qui s'y était dit.

- Ridicule et naïveté -

M. Sarkozy pourra dénoncer la trahison d'un homme, "il ne pourra échapper ni au ridicule de ces révélations, ni au climat délétère dont elles témoignent", notait le journal Le Monde dans son édition datée jeudi.

Pour le quotidien régional Ouest France, cette "affaire de trop (...) gêne d'abord Nicolas Sarkozy" et "nuit à sa personne et à ses ambitions".

Le scandale met en péril l'ambition non officialisée à ce jour de l'ex-président de revenir au premier plan de la scène politique.

Après avoir promis que personne ne le reverrait s'il venait à perdre la présidentielle de 2012, il ne cesse depuis plusieurs mois de multiplier les apparitions et les rencontres avec les Français, distillant ici des états d'âme qui en disent long sur son impatience ou là des critiques sur la gestion politique de son successeur.

Dans son viseur, la prochaine présidentielle de 2017 et une volonté d'apparaître comme l'homme providentiel alors que son parti, l'UMP, reste marqué par les divisions, les conflits de personnes, et l'absence d'un projet politique alternatif à celui de la majorité socialo-écologiste.

"Je n'ai aucune intention de mettre un terme à la période de recul de toute activité politique que j'ai souhaitée", a encore affirmé le 28 février Nicolas Sarkozy, lors d'une visite à Berlin où il a rencontré la chancelière Angela Merkel.

Certains politologues, comme Jean-Daniel Lévy, estiment toutefois que l'affaire Buisson pourrait servir au final les intérêts de l'ex-président. "Quand Nicolas Sarkozy est perçu comme une victime, il s'en sort extrêmement bien dans l'opinion. Tout ce qui conforte cette image le renforce aux yeux des Français, surtout de droite", précise-t-il.

Pour nombre de médias cependant, ce qui surprend le plus dans l'affaire Buisson c'est la "naïveté très surprenante" de l'ancien président, piégé "comme un bleu".

Pour la gauche, l'affaire va bien au-delà de la simple personne de Nicolas Sarkozy. "Les enregistrements Buisson, au centre aujourd'hui de sordides règlements de compte à droite, constituent une agression contre la République et ses plus hautes institutions", a estimé David Assouline, porte-parole du Parti socialiste.

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