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06/03/2014 09:27 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

Fabius appelle à "être vigilants" face à la demande de rattachement de la Crimée

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a appelé à être "très, très vigilants" après la demande de rattachement à Moscou formulée par la Crimée, en marge d'une conférence sur la Libye à Rome.

M. Fabius a souligné qu'"un rattachement direct à la Russie voudrait dire changer de système et que l'intégrité territoriale ne serait plus respectée". "Si vous admettez le principe qu'une région, dans n'importe quel pays, en contradiction avec les règles constitutionnelles de ce pays, peut se rattacher à un autre pays, cela veut dire qu'il n'y a plus de paix internationale ni de frontières assurées", a-t-il ajouté.

Soulignant en avoir parlé avec "son collègue chinois", M. Fabius a estimé que cela pourrait créer un précédent à l'échelle de la planète : "imaginez ce que cela pourrait vouloir dire en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, en Chine ou ailleurs".

Comme on lui demandait si la crise ukrainienne traversait plutôt une période d'escalade ou de désescalade, M. Fabius a répondu : "Hier c'était plutôt une journée de désescalade. Aujourd'hui tout dépendra de ce qui sera décidé à Bruxelles et de la réaction russe".

Le ministre français a souligné l'importance de la proposition des Occidentaux de créer "un groupe de contact qui incluerait les Russes, les Ukrainiens, les Etats-Unis, la France et l'OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe)".

"Nous avons fait des propositions à Lavrov (le ministre russse des Affaires étrangères) qu'il montrera à Poutine. C'est une chose nouvelle que nous avons examinée ce matin dans ma rencontre avec (le secrétaire d'Etat américain John) Kerry", a expliqué M. Fabius.

La nouvelle chef de la diplomatie Federica Mogherini a apporté un soutien appuyé à cette proposition de groupe de contact. "Le fait qu'une voie diplomatique se soit ouverte malgré les signaux négatifs est très positif. Cela semblait impossible il y a seulement quelques jours. Nous en avions parlé hier à Paris entre quatre membres européens du G8 et avec la Russie et les Etats-Unis et à Rome nous avons eu des discussions similaires", a dit Mme Mogherini. "Un canal de dialogue s'est ouvert et tout le monde reconnaît que la solution ne peut être que politique", a ajouté la ministre italienne.

A propos des sanctions "ciblées" déjà prises par l'Europe et les Etats-Unis, M. Fabius a souligné que vu ce qui se passe en Crimée, il n'était pas possible de "rester sans rien faire". Mais il a préconisé de "ne pas décider d'actions qui empêcheraient la désescalade" dans la crise ukrainienne.

Les Américains "avaient déjà dit qu'ils auraient pris des sanctions ciblées, visant seulement quelques personnes, pas par exemple sur le plan des relations économiques, militaires, ou d'autres aspects", a-t-il rappelé.

Washington a décidé "des restrictions de visas pour un certain nombre de responsables et d'individus", visant les personnes "responsables ou complices de menaces sur la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine", a annoncé la Maison Blanche, sans préciser si les personnes visées étaient russes ou ukrainiennes ou les deux.

fka/jls