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05/03/2014 09:43 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Syrie: une commission de l'ONU dénonce le recours aux sièges des villes et à la famine

La Commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'Homme en Syrie dénonce le recours aux sièges des villes et à la famine comme méthode de guerre par le gouvernement dans la dernière mise à jour de son rapport publiée mercredi.

"Plus de 250.000 personnes sont soumises à un siège en Syrie, régulièrement bombardées par l'artillerie et l'aviation. Elles sont privées d'aide humanitaire, de nourriture, de soins médicaux et doivent choisir entre la famine et la reddition", affirme le rapport.

"Le gouvernement emploie la technique du siège, instrumentalisant les besoins fondamentaux d'eau, de nourriture, d'abri et de soins médicaux comme éléments de sa stratégie", soulignent les trois juristes internationaux mandatés par l'ONU, dirigés par le Brésilien Paulo Sergio Pinheiro.

"Le Conseil de sécurité porte la responsabilité de ne pas s'occuper de demander des comptes" à ceux qui violent les règles du droit international pour les conflits, "ce qui permet aux différentes parties de violer ces règles en toute impunité", a souligné devant la presse M. Pinheiro. "A la fois les pro-gouvernemtaux et les groupes d'opposants ont commis des massacres", a-t-il dit.

La mise à jour porte sur la période allant de juillet 2013 au 20 janvier 2014. Le rapport cite les opérations militaires pour assiéger des quartiers ou des zones dans la campagne autour de Damas, dans la Gouta, à Daraya, à Moadamiyet al-Sham, contre le camp palestinien de Yarmouk, dans la banlieue de Damas où quelques 20.000 personnes ont été bloquées.

Pour terroriser la population de ces zones, des non combattants sont arrêtés à des points de contrôle des forces gouvernementales et soumis à des violences, relève le rapport.

Des groupes d'opposition ont également eu recours à cette statégie de siège contre la ville de Nubul et d'Al Zahra dans la province d'Alep, et dans la vallée d'Al Ghab dans la province d'Hama, indique le rapport.

Cette commission d'enquête, mise en place par l'ONU en septembre 2011 poursuit le relevé des crimes de guerre et dans certains cas de crimes contre l'humanité commis dans le cadre de ce conflit qui dure depuis trois ans et a fait plus de 140.000 morts.

"Parmi les évènements les plus dramatiques que nous avons documenté il y a la campagne avec des barils d'explosifs à Alep, visant des zones entières et faisant régner la terreur parmi les civils", a dit M. Pinheiro.

Faute d'être autorisée par le gouvernement à se rendre en Syrie, elle s'appuie sur des témoignages, des photos satellite, des documents visuels, des informations recueillies auprès de diverses organisations. Pour cette mise à jour elle a recueilli 563 nouveaux témoignages, ce qui porte à plus de 2.600 les témoignages enregistrés depuis 2011.

M. Pinheiro a indiqué que de nouveaux noms de responsables avaient été ajoutés à la liste conservée par l'ONU et non publiée d'auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pour un éventuel renvoi devant la justice.

La Commission dénonce une nouvelle fois le manque d'action de la communauté internationale et en particulier du Conseil de sécurité des Nations unies, seul habilité à saisir la Cour Pénale Internationale.

Elle accuse également des groupes armés de l'opposition, en particulier les jihadistes de l'EIIL (Emirat islamique d'Irak et du Levant) de "crimes contre l'humanité" à Al Raqah avec la détention en grand nombre de civils soumis à la torture.

Le rapport note également une augmentation de l'enrôlement d'enfants de 13-14 ans comme combattants par certains groupes d'opposition mais aussi par les pro-gouvernementaux qui les utilisent aux points de contrôle.

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