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05/03/2014 06:22 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Les paralympiques s'ouvrent à Sotchi sur fond de bruits de bottes en Crimée

Les jeux Paralympiques s'ouvrent vendredi à Sotchi, quelques jours après les jeux valides, mais l'opportunité de porter haut les couleurs du sport chez les handicapés risque d'être étouffée par les bruits de bottes en Ukraine.

Le président russe Vladimir Poutine est de nouveau attendu vendredi soir dans la ville sur les bords de la Mer Noire. Il doit assister à la cérémonie d'ouverture, prélude à des compétitions étalées jusqu'au 16 mars, après des JO dont la planète entière a dû admettre le succès.

Désormais, les athlètes affectés de divers handicaps se disputeront des médailles en biathlon, curling, hockey sur luge, ski alpin et ski de fond sur certains des sites utilisés par les JO et transformés à la hâte pour accueillir ces XIe jeux Paralympiques.

Les deux villages, eux aussi transformés, accueilleront environ 1.600 athlètes et membres de pas moins de 45 délégations.

Mais le contexte international est un peu plus lourd chaque jour depuis l'entrée de forces russes en Ukraine, qui ont pris de facto le contrôle de la Crimée, péninsule stratégique située au nord-ouest de Sotchi, de l'autre côté de la mer Noire.

Plusieurs nations ont décidé de boycotter la cérémonie d'ouverture, notamment les Etats-Unis, qui ont déclaré qu'aucun représentant de la présidence ne serait présent. La Grande-Bretagne a, peu après, annoncé une sanction similaire.

"A cause de la gravité de la situation en Ukraine, William Hague et moi-même croyons que ce ne serait pas bien que les ministres du Royaume-Uni assistent aux Paralympiques de Sotchi", a écrit le Premier ministre David Cameron sur son compte Twitter.

"La souveraineté et l'intégrité de l'Ukraine ont été violées et cela ne peut pas être la manière de conduire les affaires internationales", a encore indiqué son porte-parole.

Des déclarations qui ont provoqué de vives réactions de Vladimir Poutine. "Je pense que ce serait le comble du cynisme que la tenue des jeux Paralympiques soit menacée", a estimé l'homme fort de Moscou.

-'Honte de promouvoir les jeux'-

Il a défendu un forum sportif international où les personnes ayant un handicap "peuvent prouver au monde et à elles-mêmes qu'elles ne sont pas des personnes limitées (...). Si quelqu'un essaye de détruire (les jeux), cela veut dire que rien n'est sacré pour lui (...)".

L'arrivée de troupes russes en Crimée a, de fait, relégué au second plan l'idéal paralympique, deux ans après avoir été porté à son point culminant après les Jeux de Londres en 2012.

Les athlètes ukrainiens, prêts à en découdre et pleins d'ambitions, renonceront ainsi à leur participation si la Russie ne retire pas ses troupes du pays, a déclaré une porte-parole de l'équipe mardi.

"Nous boycotterons, en dépit d'années de préparation, nous ne pouvons participer à des jeux organisés par un pays qui a envahi notre pays", a déclaré Natalia Garatch.

La top model Natalia Vodianova, ambassadrice de Sotchi et porteuse de la flamme dans le relais paralympique, a pour sa part déclaré "avoir honte de continuer à promouvoir les Paralympiques et de défendre leur importance", en pleine crise.

"Historiquement, tous les conflits et les guerres se sont arrêtés pendant la période des Jeux et les politiciens d'aujourd'hui ne peuvent changer la tradition", a-t-elle écrit sur sa page Facebook, estimant que les jeux représentaient "une opportunité unique, attendue depuis longtemps et d'une ampleur sans égale pour les handicapés en Russie de se lever".

C'est la première fois que la Russie organise de tels jeux réservés aux handicapés. Les athlètes de l'Union soviétique n'y ont jamais participé jusqu'au début de la période de la perestroïka en 1988 et les stigmates ont longtemps frappé les handicapés dans la société russe, lorsqu'ils n'étaient pas purement et simplement écartés dans des instituts spécialisés.

Aujourd'hui, les personnes en chaises roulantes sont clouées chez elles par l'insuffisance des infrastructures adaptées dans les lieux publics. La ville de Moscou n'a commencé que l'an passé à équiper les grands carrefours de la ville de signaux sonores pour les mal-entendants.

Les handicapés "font toujours face à de nombreux obstacles dans leur vie quotidienne", a déploré l'ONG Human Rights Watch dans un rapport récent, estimant que les jeux représentaient une belle opportunité de montrer l'"engagement des autorités dans ce domaine".

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