NOUVELLES
05/03/2014 07:09 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Le pape défend l'Eglise sur le front de la pédophilie

Le pape François a répliqué mercredi à un rapport très critique de l'ONU en défendant les efforts de l'Eglise contre la pédophilie, tout en montrant une ouverture pragmatique sur plusieurs sujets chauds de société, du divorce à la contraception.

Dans une interview fleuve au quotidien Corriere della Sera, à quelques jours du premier anniversaire de son élection le 13 mars, le pape argentin est monté en première ligne sur ce sujet, affirmant que l'Eglise "est peut-être l'unique institution publique à avoir réagi avec transparence et responsabilité" à ce fléau. Ce crime, a-t-il relevé, se produit "dans sa grande majorité" dans la famille et le voisinage.

"Benoît XVI a ouvert une voie. L'Eglise sur cette voie a fait beaucoup (....) Personne n'a fait plus. Et pourtant l'Eglise est la seule à être attaquée", a-t-il argué.

L'association américaine d'anciennes victimes de prêtres pédophiles, SNAP, a aussitôt fustigé "une mentalité archaïque et défensive", reprochant à François de "n'avoir rien fait, littéralement rien" pour protéger les enfants.

Des milliers d'entre eux ont été abusés sexuellement par des prêtres dans de nombreux pays, particulièrement en Irlande et aux Etats-Unis, et majoritairement entre les années 1960 et 1990. Ce scandale a fortement dégradé l'image de l'Eglise dans le monde.

Un rapport du comité de l'enfant de l'ONU, début février, reprochait au Vatican de n'avoir pas rendu obligatoire les dénonciations à la justice et de garder le secret sur les enquêtes ecclésiastiques.

Selon les experts indépendants de ce comité, les pratiques du Saint-Siège ont entraîné "la poursuite des abus sur des mineurs et l'impunité des coupables".

Le Vatican avait aussitôt dénoncé les "graves limites" d'un rapport influencé selon lui par des "ONG bien connues, hostiles a priori à l'Eglise catholique".

Plusieurs vaticanistes avaient relevé que le rapport ne prenait pas en compte les efforts engagés depuis une dizaine d'années, notamment les centaines de prêtres défroqués sous Benoît XVI.

D'anciennes victimes soutiennent aussi que le Vatican n'est pas assez sévère, par exemple avec la congrégation des Légionnaires du Christ, qui n'a pas été obligée de s'auto-dissoudre malgré les crimes pédophiles de son fondateur mexicain Marcial Maciel.

Pour SNAP, "il serait plus exact" de dire qu'aucune institution "n'a fait davantage pour démentir, minimiser et cacher" les crimes pédophiles, et "c'est une honte de prétendre que l'Eglise a été attaquée. La vérité est que des clercs corrompus --et non l'Eglise-- ont été démasqués".

François a annoncé en décembre la création d'une commission d'experts pour la protection des enfants dans les institutions de l'Eglise. L'annonce a été accueillie avec scepticisme par les associations, et sa composition n'a pas encore été annoncée, comme l'a remarqué la SNAP.

- Pragmatisme -

Dans l'interview au Corriere, le pape est revenu sur plusieurs thèmes chauds de la famille, en premier lieu celui de l'accès des divorcés remariés à la communion. Il a souhaité que les synodes qu'il a convoqués fin 2014 et en 2015 engagent "une réflexion en profondeur" sur "la sérieuse crise" que traverse la famille, sans vouloir "résoudre chaque problème par la casuistique" (en s'appuyant sur des exemples particuliers).

"C'est à la lumière d'une réflexion profonde que les situations particulières pourront être traitées sérieusement, également celles des divorcés", estime-t-il.

Le pape évoque aussi l'encyclique très controversée "Humanae Vitae" de Paul VI qui, en 1968, condamnait la contraception. François défend le pape italien qui a "eu le courage de s'opposer au néo-malthusianisme" mais rappelle que Paul VI "recommandait beaucoup de miséricorde, d'attention aux situations concrètes".

Sur le mariage, il réaffirme qu'"il est entre un homme et une femme", mais se montre prudent sur les unions civiles. Celles-ci sont "justifiées par les Etats laïcs pour régler des "aspects économiques": "il faut voir les différents cas et les évaluer dans leur variété".

Sur la fin de vie, autre thème brûlant, le pape, fermement contre l'euthanasie, défend "les soins palliatifs" et critique l'acharnement thérapeutique: "la doctrine traditionnelle de l'Eglise affirme que personne n'est obligé de recourir à des moyens extraordinaires quand on sait qu'une vie est en phase terminale".

Dans cette interview, la troisième accordée par le pape argentin à un quotidien italien, Jorge Bergoglio s'élève aussi contre "l'idéalisation de sa personne". "Dépeindre le pape comme une sorte de superman, une espèce de star, m'offense. Le pape est un homme qui rit, qui pleure, qui dort tranquillement et qui a des amis. Une personne normale".

jlv/mle/phv