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05/03/2014 08:44 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

La Russie a dépensé plus de 11 milliards de dollars pour soutenir le rouble lors du "lundi noir"

La Russie a vendu sur la seule journée de lundi des devises étrangères pour un montant record de 11,3 milliards de dollars - deux fois le budget annuel du Zimbabwe - pour soutenir le rouble sous forte pression en raison du conflit en Ukraine.

Ce chiffre astronomique annoncé dans un premier temps sur le site de la Banque centrale russe mercredi a été confirmé ensuite par la présidente de l'institution monétaire, Elvira Nabioullina, lors d'une réunion avec le président Vladimir Poutine.

La Russie a ainsi acheté des devises étrangères pour 410,6 milliards de roubles lors de ce "lundi noir", afin de limiter la dépréciation de la devise nationale en chute libre après le feu vert donné le week-end dernier à Vladimir Poutine par le Parlement russe pour une intervention armée en Ukraine.

Des traders avaient déjà indiqué que la Banque centrale russe avait effectué des interventions colossales lundi sur les marchés des changes, mais les chiffres annoncés mercredi confirment pour la première fois l'ampleur de ces interventions.

Les 11,3 milliards de dollars dépensés ce "lundi noir" dépassent de loin le précédent record -- 76,7 milliards de roubles (2,1 milliards de dollars) -- depuis la publication en 2011 des montants des interventions de la Banque.

Les marchés financiers russes avaient été pris d'un mouvement de panique lundi, inquiets des conséquences de l'intervention en Ukraine et de possibles sanctions qui pourraient être imposées à Moscou par l'Occident sur l'économie déjà chancelante de la Russie. La Bourse de Moscou avait terminé la séance sur un plongeon de plus de 10% et le rouble était tombé à un record de faiblesse face à l'euro comme au dollar.

Mais la pression est retombée mardi, après les déclarations de Vladimir Poutine estimant lors d'une conférence de presse que l'envoi de troupes russes en Ukraine n'était "pas nécessaire pour le moment" et que le recours à la force ne pourrait être utilisé qu'en dernier ressort.

Ainsi, les ventes de devises pour soutenir le roubles ont été "limitées mardi à 300 millions de dollars", a observé Mme Nabioullina.

"L'incertitude politique reste élevée"

La Banque centrale russe dispose d'ailleurs d'énormes réserves de devises, évaluées par l'institution à 493,4 milliards de dollars le 21 février, selon la dernière estimation disponible sur son site.

Depuis lundi, la devise russe s'est un peu reprise mais reste fragile. Elle s'échangeait mercredi en fin de journée sur les marchés financiers à Moscou à 36,01 roubles pour un dollar (après avoir dépassé 37 roubles lundi) et à 49,46 roubles pour un euro (la devise européenne était passée au-dessus de 51 roubles lundi).

"Le rouble a compensé les récentes pertes de valeur quand Poutine a souligné lors de la conférence de presse qu'il n'était pas nécessaire de recourir à la force en Ukraine", ont relevé des analystes de VTB Capital à Moscou.

"Cependant, l'incertitude politique reste élevée, et il est possible que le flot d'informations soutienne la volatilité des marchés", selon VTB Capital.

La crise ukrainienne a accentué la dépréciation du rouble qui a déjà perdu près de 10% face à l'euro depuis le début de l'année, pénalisé par la désaffection générale des investisseurs vis-à-vis des monnaies émergentes et par le coup de frein sur l'activité économique en Russie.

La croissance du Produit intérieur brut (PIB) a subi un fort ralentissement à 1,3% l'an dernier -- la plus faible depuis la récession de 2008-2009 -- contre 3,4% un an plus tôt. Et la tendance ne semble pas s'améliorer, le gouvernement russe ayant revu à la baisse fin février sa prévision de croissance cette année à moins de 2%.

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