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21/02/2014 08:06 EST | Actualisé 21/02/2014 08:06 EST

«La grande sortie», au Théâtre du Rideau Vert : une famille comme les autres

Théâtre du Rideau Vert - Jean François Hamelin

Il ne vous reste que deux jours pour courir au Théâtre du Rideau Vert et admirer le touchant portrait de famille dressé par les auteurs Jonathan Racine et Mélanie Maynard dans la pièce La grande sortie.

Avec cette création d’abord montée en 2011 au Petit Théâtre du Nord, à Blainville, c’est comme si Racine et Maynard avaient placé une longue vue dans le salon d’une famille québécoise des années 1980. Un clan pas tellement instruit, que les petites misères du quotidien ont rongé et usé, pour qui les songes sont toujours plus reluisants que la réalité. Mais un clan indéfectiblement uni par un amour inconditionnel. Qui ne parait pas toujours, qui en prend souvent pour son rhume, mais qui est bien là, solide, tapi sous les conflits, les jalousies, les remarques mesquines… et une mince couche de crasse.

Si ces observations fictives avaient été réelles, on serait arrivé exactement au résultat déployé dans La grande sortie, c'est-à-dire cette famille Brouillette, que la mère, Marthe (Suzanne Garceau) s’apprête à quitter. Il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Autour d’elle, ses enfants, un flanc mou qui ne décolle pas du domicile maternel, Richard (Sébastien Gauthier), et Lyne (Sonia Vachon), une «bonne fille», pleine de bonne volonté, qui demeure juste en face et vient chaque jour donner un coup de main pour camoufler son incapacité à couper le cordon. Le père, Marcel, est malade, alité, et représente un fardeau dont on minimise l’ampleur. Ce fragile équilibre sera troublé par le retour de l’enfant prodigue, Chantal (Mélanie St-Laurent), que d’aucuns auraient préféré ne pas voir revenir, mais qui semble être la préférée de sa mère. Comme c’est le cas de beaucoup d’enfants qui désertent leurs racines pour aller voir s’ils y sont. Tout de même, les trois enfants partageront un peu de temps avec Marthe et lui feront revivre, en paroles, selon ses désirs jamais exaucés, les moments importants de son existence. Mais la réunion sera également propice aux règlements de comptes et à l’expression de vieilles rancunes.

On rit beaucoup pendant la représentation, et de plus en plus au fur et à mesure que l’histoire avance. On se régale des références culturelles à la décennie 1980 (Steinberg, Les oiseaux se cachent pour mourir, Barbra Streisand, Laura Ingalls de La petite maison dans la prairie, Farah Fawcett, The Price Is Right, Dynastie). On sent que le tandem d’auteurs s’est bien amusé à plonger dans ses souvenirs. La mise en scène de Jonathan Racine transpose à merveille le milieu ouvrier dans lequel évoluent les protagonistes. Les tapisseries brunes, les cheveux «gaufrés», l’importance qu’on attache aux moindres futilités : pas de doute, on est bien dans un milieu sans éducation d’il y a 30 ans. Et les acteurs rendent le propos avec une grande justesse, particulièrement Suzanne Garceau, sensible dans la peau de cette chef de maisonnée lasse et désabusée. D’ailleurs, où se cache la dame? On ne la voit que très peu sur nos scènes et à l’écran, une absence franchement dommage.

Le délai est court, mais si vous avez une ultime occasion d’aller applaudir La grande sortie, ne la ratez pas. Et souhaitons que l’œuvre soit éventuellement reprise sous une autre enseigne. Parce que, pour emprunter une expression célèbre, il y a un petit peu de nous autres, là-dedans.

La grande sortie, au Théâtre du Rideau Vert, ce vendredi, 21 février, à 20h, et ce samedi, 22 février, à 16h. Dès le 18 mars, on enchaînera avec Rouge, du dramaturge américain John Logan, et mettant en vedette Germain Houde et Mikhaïl Ahooja.

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