POLITIQUE
17/02/2014 02:02 EST | Actualisé 19/04/2014 05:12 EDT

Les Canadiens ne font pas confiance au système judiciaire, selon une étude

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The Supreme Court of Canada stands in Ottawa, Ontario, Canada, on Wednesday, Aug. 10, 2011. Canada's trade deficit widened more than forecast in June, signaling that the economy may have stalled or even contracted in the second quarter. Photographer: Brent Lewin/Bloomberg via Getty Images

OTTAWA - Un rapport interne du ministère fédéral de la Justice révèle que les Canadiens font peu confiance aux systèmes judiciaire et pénitentiaire, et estime que l'éducation populaire constitue la meilleure façon de contrer ces perceptions négatives.

Chez l'opposition, on soutient que ce message vient contredire l'ordre du jour conservateur en matière de justice criminelle, qui, disent-ils, exploite le manque de connaissances du public dans ce domaine en mettant sur pied des mesures de répression contre le crime qui peuvent s'avérer néfastes.

Le rapport fédéral résume une dizaine d'années d'études et de sondages, dont certains n'ont jamais été publiés. Tous ces travaux ont conclu par ailleurs que la population a toujours une grande confiance dans la police, mais trouve les tribunaux trop lents et les juges trop cléments.

«La population est en général persuadée que les peines ne sont pas suffisamment sévères et que le système correctionnel ne réussit pas à réhabiliter efficacement les criminels», mentionne le document de 13 pages.

L'étude, préparée en prévision d'un symposium tenu le mois dernier à Ottawa, a été obtenue par La Presse Canadienne en vertu de la loi sur l'accès à l'information.

Au dire de l'auteure, Charlotte Fraser, une employée du ministère de la Justice, le peu de confiance accordée par les Canadiens envers le système judiciaire est semblable à ce qui est constaté dans d'autres pays occidentaux. De telles opinions demeureraient relativement stables depuis 10 ans, même si le taux de criminalité a diminué.

«Les Canadiens ont moins confiance au fait que le système de justice criminelle aide les victimes de crimes», conclut Mme Fraser. «Les Canadiens ont également moins confiance en certaines fonctions des tribunaux et du système correctionnel, particulièrement les pratiques concernant les peines, et en la possibilité d'obtenir un traitement judiciaire rapide, le fait de réhabiliter les criminels et libérer les criminels au bon moment.»

Le rapport lie cette piètre opinion à un «manque de compréhension des mandats respectifs des tribunaux et des services correctionnels», et précise que l'éducation populaire est l'approche privilégiée pour corriger ces interprétations erronées.

Le gouvernement conservateur a intégré certains éléments issus de l'opinion publique dans ses politiques en matière de justice, imposant des peines minimales pour éliminer le pouvoir discrétionnaire des juges, en plus de promouvoir une charte des droits des victimes.

«Cela équivaut à gouverner en fonction des humeurs changeantes de la population, dans un contexte judiciaire complexe», estime la porte-parole néo-démocrate en matière de justice, Françoise Boivin. «La façon dont les conservateurs agissent pour des projets de loi sur la justice criminelle donne cette impression.»

Selon l'ancienne criminaliste, le système judiciaire peut être amélioré, particulièrement en matière de traitement des victimes. Mais les Canadiens doivent également mieux connaître le système, plutôt que d'«alimenter leurs préjugés».

Du côté des libéraux, le porte-parole Sean Casey croit que l'ordre du jour conservateur en matière de justice «joue sur les perceptions, les stéréotypes et les peurs, plutôt que de se fier aux preuves tangibles».

Au ministère de la Justice, le porte-parole Andrew Gowing indique que le rapport ne visait qu'à «résumer des recherches existantes sur la confiance du public face au système de justice criminelle», et qu'«aucune autre étape n'est prévue pour le moment» en cette matière.