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16/02/2014 07:55 EST | Actualisé 18/04/2014 05:12 EDT

Ukraine: l'opposition évacue la mairie de Kiev occupée, déception des manifestants

L'opposition ukrainienne a évacué dimanche la mairie de Kiev qu'elle occupait depuis décembre, suscitant la déception de nombreux manifestants, parmi les dizaines de milliers de personnes réunies sur la place principale contre le pouvoir du président Viktor Ianoukovitch.

L'évacuation d'ici à lundi de la mairie, haut lieu de la contestation, était un préalable exigé par les autorités pour amnistier les 234 manifestants qui ont été libérés, mais qui encourent toujours de lourdes peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison.

"Nous partons d'ici le coeur gros, mais on ne discute pas les ordres, on les exécute. Je suis déçu, mais il faut que nos camarades soient amnistiés", a expliqué Andriï, dirigeant une unité d'autodéfense de la mairie.

L'ambassadeur de Suisse Christian Schoenenberger, dont le pays assure la présidence tournante de l'OSCE, est entré le premier dans le bâtiment évacué après avoir paraphé l'acte de transfert, assis à une table encadrée des drapeaux ukrainien et suisse.

La mairie a été évacuée en bon ordre, les contestataires ne laissant comme traces de leur passage que les nombreuses affiches et autocollants dont ils avaient décoré les lieux.

"Il n'y a pas eu de dégâts, nous espérons qu'il s'agit d'un premier pas vers une normalisation de la situation", a commenté Volodymyr Makeïenko, chef du conseil municipal de Kiev.

La mairie, transformée en "QG de la révolution", était un lieu très symbolique de la contestation tout comme le Maïdan tout proche, la place centrale de Kiev occupée depuis la volte-face pro-russe du président Viktor Ianoukovitch fin novembre, au détriment d'un rapprochement avec l'Union européenne.

Située sur le boulevard central Khrechtchatik, la mairie avait été prise d'assaut le 1er décembre, en marge d'une manifestation monstre, à la suite de la dispersion violente d'étudiants dans le centre de Kiev.

- "Mauvaise décision" -

Le bâtiment, où avaient été mises en place une cantine et un hôpital de fortune, hébergeait jusqu'à 700 manifestants qui y dormaient et s'y réchauffaient.

Les manifestants disposent toujours de plusieurs bâtiments, notamment la Maison des syndicats, dont les autorités n'ont pas exigé l'évacuation.

"La révolution continue jusqu'à la victoire. Si les autorités violent leurs engagements, nous prendrons de nouveau la mairie d'assaut, et cette fois définitivement", a promis Rouslan Andriïko, du parti nationaliste Svoboda, responsable en charge de la mairie pendant son occupation.

Mais l'évacuation du bâtiment sans contrepartie forte a suscité la déception parmi les dizaines de milliers de personnes réunies sur le Maïdan, pour la onzième fois depuis le début il y a près de trois mois du mouvement de contestation populaire.

"Qu'est-ce qu'a obtenu l'opposition depuis le début de la contestation, au cours des négociations avec Ianoukovitch et au Parlement? Rien! Je pense qu'elle mène un double jeu. L'évacuation de la mairie est une mauvaise décision", regrette Anatoli Datsenko, un linguiste de Kiev.

Une amertume partagée par de nombreux manifestants dimanche, alors que la participation semble inférieure aux 70.000 personnes rassemblées le 9 février.

Les négociations avec le pouvoir semblent être au point mort, qu'il s'agisse de la réforme constitutionnelle réduisant les pouvoirs présidentiels au profit du gouvernement et du Parlement ou de la nomination d'un nouveau Premier ministre.

"J'attends un plan d'actions. Je ne veux pas la répétition de pneus brûlés et de cocktails molotov, mais en même temps ce sont les seuls arguments que le pouvoir comprend", juge Oksana Antochtchenko, économiste, en faisant référence aux violences qui ont éclaté en janvier dans le centre de Kiev et qui ont fait quatre morts et plus de 500 blessés.

L'un des responsables de l'opposition, Arseni Iatseniouk, a exigé "l'abandon immédiat des poursuites contre les manifestants", en précisant qu'il y avait 2.000 enquêtes en cours.

"Si ces enquêtes ne sont pas closes, nous allons lancer une offensive pacifique", a-t-il mis en garde, en s'adressant aux manifestants réunis sur le Maïdan.

Il a annoncé qu'il allait rencontrer lundi à Berlin la chancelière Angela Merkel, pour demander à l'Europe une aide financière pour l'Ukraine et l'instauration d'un régime sans visa pour les Ukrainiens en Europe.

"Nous avons besoin d'aide. Nous n'avons pas besoin de paroles, nous avons besoin d'actes", a-t-il souligné.

Le mouvement de contestation en Ukraine s'est transformé au fil des semaines en un rejet pur et simple du régime du président Viktor Ianoukovitch, et ni la démission du gouvernement ni les négociations engagées après les affrontements, qui ont fait quatre morts et plus de 500 blessés fin janvier, n'ont réglé le conflit.

thm-os-neo/pt