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16/02/2014 08:40 EST | Actualisé 18/04/2014 05:12 EDT

Lavillenie peut-il mettre la barre plus haut ?

Peut-il aller plus haut encore ? La performance majuscule de Renaud Lavillenie, qui a franchi samedi la barre mythique de 6,16 m en saut à la perche en salle, semble clairement ouvrir la porte à d'autres sommets.

Maintenant que le record mondial de Sergueï Bubka datant de 21 ans est effacé, il appartient désormais à l'Auvergnat de fixer lui même ses objectifs.

"Je disais toujours : le ciel est la limite, explique Maurice Houvion, ancien champion de France et entraîneur national. On ne peut pas donner de limite à Renaud car lui-même n'en a pas dans sa tête. Je défie quiconque de dire: il ne passera pas cette barre-là."

Mais le perchiste lui même savait dimanche qu'il serait extrêmement compliqué d'aller beaucoup plus haut. Entre son premier et son dernier record du monde, Bubka avait gagné 30 centimètres. Une progression que le Français aura du mal à reproduire.

"C'est sûr, je ne vais pas faire 6,35 m, a-t-il estimé à sa descente d'avion. D'en faire un, c'est déjà énorme. Si j'arrive dans les années à venir à en faire un autre ou deux autres, ce sera extraordinaire. Mais si ça se trouve, ça ne se reproduira plus jamais."

Quelles que soient ses ambitions, sa technique tranche avec celle qui a permis au tsar ukrainien, désormais détrôné, de survoler la discipline pendant plus de dix ans.

L'étreinte, samedi, entre les deux hommes était à ce titre édifiante: l'Ukrainien et ses épaules de déménageur (1,84 m, 80 kilos au sommet de sa carrière) semblait démesuré à côté de la silhouette fine de Lavillenie (1,77 m, 70 kilos).

- Le rythme, le talent, la passion -

Or, il ne court pas plus vite et n'est physiquement pas plus fort. Alors pourquoi va-t-il plus haut ? Question de rythme, assure à l'AFP l'ancien entraîneur Jean-Claude Perrin, notamment mentor de Pierre Quinon, champion olympique en 1984 à Los Angeles.

"Il n'y a pas de rupture dans son décollage, ce moment où on transforme la vitesse linéaire en élévation verticale, qui dure une fraction de seconde". Question de talent, aussi. "Il a une gymnique exceptionnelle", ajoute-t-il évoquant son attitude parfaite lors de "l'ascension, l'escalade de la barre".

Une affaire de travail, renchérit pour sa part Maurice Houvion avec, semble-t-il, la même admiration. "Renaud est tellement passionné qu'il a la faculté de faire plus de sauts en une séance que les autres en une semaine, explique-t-il. Il fini par acquérir une technique remarquable. Son saut de samedi soir, techniquement, il n'y a rien à dire".

"Le saut de Renaud Lavillenie rayonne bien au-delà de l'athlétisme (...) C'est un exploit totalement hors du commun, que l'on avait plus connu en athlétisme depuis les 9 sec 58 sur 100 m d'Usain Bolt à Berlin en 2009", a affirmé dimanche le président de la Fédération française d'athlétisme (FFA), Bernard Amsalem.

L'avenir proche est un peu en suspens. Lavillenie s'est blessé au pied gauche en tentant 6,21 m et en retombant sur la piste d'élan. Il sera indisponible pendant quelques semaines.

Mais l'aisance avec laquelle il a effacé 6,16 m laisse augurer d'autres grands soirs. Gilles Lavillenie, son père et premier entraîneur, qui lui a inculqué la passion de la perche, en est en tout cas convaincu. "Je pense qu'il va monter encore très haut. Bubka déjà pense qu'il peut faire 6,20 m. C'est ce que je pense aussi", a-t-il expliqué à l'AFP.

Pour arriver à ses fins, Renaud a changé de perche au milieu du concours. "J'ai pris une perche plus grosse que celle que je prenais l'année dernière. C'est pas totalement mathématique, mais une perche plus grosse, en pesant le même poids, c'est sûr, ça va envoyer beaucoup plus haut et beaucoup plus fort", a-t-il expliqué aux journalistes à l'aéroport.

La suite n'appartient qu'à lui. Son entourage semble résolu à ne plus rien prévoir, plus rien pronostiquer, tant l'athlète n'obéit qu'à ses instincts. Ceux qui l'ont poussé samedi soir à tenter l'hallucinant 6,21 m.

"Quand il va maîtriser encore plus cette perche, cela ne peut que monter plus haut, quand on voit la hauteur de son bassin... Il ne va pas s'arrêter là. Il a encore du temps devant lui", affirme son père.

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