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15/02/2014 11:54 EST | Actualisé 17/04/2014 05:12 EDT

Tammam Salam, Premier ministre conciliateur dans un Liban divisé

Tammam Salam, devenu samedi le nouveau Premier ministre du Liban à la tête d'un gouvernement de compromis après dix mois de blocage, est un homme politique modéré qui appartient à l'une des plus grandes familles politiques du pays.

Cet homme flegmatique de 68 ans aura la lourde tâche de diriger un gouvernement dans un pays qui est profondément divisé sur le conflit en Syrie voisine, secoué par une vague d'attentats sanglants et accueille près d'un million de réfugiés syriens, soit le cinquième de la population.

La voix pondérée et reconnaissable à sa calvitie, M. Salam devra surtout jouer le rôle d'équilibriste entre les deux camps rivaux réunis dans son gouvernement pour la première fois depuis trois ans: le camp du puissant Hezbollah chiite engagé militairement dans la guerre en Syrie auprès du régime, et celui de Saad Hariri, ex-Premier ministre hostile au pouvoir à Damas.

M. Hariri a loué le nouveau Premier ministre pour sa "sagesse" et sa "patience" après près d'un an de tractations ardues, durant lesquelles les rouages de l'Etat et les décisions administratives étaient paralysés.

"C'est un gouvernement rassembleur et c'est la meilleure formule pour permettre au Liban de faire face aux défis", a affirmé M. Salam, désigné depuis avril 2013, après l'annonce du gouvernement.

"Le chemin devant nous est plein d'embûches et le défi est grand (...) mais je tends la main à tout le monde", a-t-il ajouté.

Pourtant, ce fils de Saëb Salam -six fois Premier ministre entre 1952 et 1973-, M. Salam ne jouit pas, en comparaison avec ses prédécesseurs, d'une véritable assise populaire ni au sein de sa communauté sunnite, à laquelle revient par tradition le poste de Premier ministre dans ce pays multiconfessionnel.

Il a été élu député de Beyrouth en 1996 puis en 2009, la première fois sur la liste du dirigeant Rafic Hariri, assassiné en 2005, puis sur celle de son fils Saad Hariri.

Il est moins connu à l'étranger, contrairement à Rafic Hariri, ami des leaders du monde, à Saad Hariri ou encore au Premier ministre sortant Najib Mikati, milliardaire à la tête d'un petit empire international de télécoms et d'immobilier.

Issu d'une famille politique

Sa position concernant le conflit syrien est également jugée modérée.

Après sa désignation en avril 2013, il a affirmé à l'AFP soutenir "la liberté et la souveraineté du peuple syrien", tout en soulignant l'importance de la politique de neutralité du Liban.

Ce fils d'une Damascène d'origine a condamné les bombardements de l'armée syrienne de localités libanaises soutenant la rébellion, mais ses propos n'ont jamais été virulents contre le pouvoir de Bachar al-Assad.

En 1992, alors que le Liban d'après-guerre était sous le joug de la tutelle syrienne, il avait boycotté les législatives en solidarité avec ses compatriotes chrétiens qui luttaient contre l'hégémonie de Damas.

S'il est critique de l'arsenal du Hezbollah, il salue toutefois "la résistance contre Israël", cheval de bataille du parti chiite.

Contrairement aux "faucons" du camp Hariri qui accusent le Hezbollah d'avoir créé un "Etat dans l'Etat", cet homme n'appelle pas ouvertement au désarmement de la bête noire d'Israël. Outre son élection à la députation, il a dirigé brièvement le ministère de la Culture entre 2008 et 2009.

Son ton conciliant se fait l'écho de celui de son père Saëb Salam, lui-même fils d'un important homme politique à l'époque des Ottomans et du mandat français au début du XXe siècle.

En pleine guerre civile entre musulmans alliés aux milices palestiniennes et chrétiens rejetant la présence de ces dernières au Liban, Saëb Salam a été l'auteur de célèbres slogans comme "Un Liban, pas deux Libans" ou encore "Ni vainqueur ni vaincu".

Il refuse l'élection en 1982 du président Bachir Gemayel, adulé par la rue chrétienne, mais, après son assassinat, convainc les musulmans d'élire son frère Amine.

Tammam Salam a fait des études dans un lycée français de Beyrouth, puis d'économie et de gestion en Angleterre et a dirigé la grande fondation de charité Makassed. Il est marié et père de trois enfants.

bur-ram/vl