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15/02/2014 03:13 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Les Roms de Roumanie aux prises avec les préjugés des politiciens

Cristi a 13 ans, il aime l'anglais et les mathématiques. Mais quand cet adolescent rom suit des cours de soutien scolaire au domicile d'une voisine, à Bucarest, il craint de rester seul une seconde de peur d'être accusé de vol.

"J'ai peur que quelque chose disparaisse et qu'on m'accuse d'avoir volé. Les gens disent que les Roms volent. Moi, je ne vole pas mais j'ai toujours peur qu'on m'accuse, alors je préfère que ma voisine reste à côté de moi pour voir", confie-t-il.

Comme Cristi, de nombreux Roms souffrent d'un discours public "profondément stéréotypé et plein de préjugés" sur leur minorité, remarque pour l'AFP le président du Conseil national roumain de lutte contre les discriminations (CNCD), Csaba Asztalos.

Cette semaine, le Conseil a infligé une amende de 135 euros au président roumain Traian Basescu pour des déclarations discriminatoires sur les Roms, une première pour un chef d'Etat dans la Roumanie post-communiste.

M. Basescu avait déclaré en Slovénie en 2010 que de "nombreux Roms nomades vivent traditionnellement de ce qu'ils volent".

La principale organisation roumaine de défense des droits des Roms, Romani Criss, s'est réjoui de cette décision tout en rappelant que "d'autres officiels roumains comme le Premier ministre Victor Ponta ou l'ancien chef de gouvernement Calin Tariceanu ainsi que des ministres ont promu le racisme (...) en présentant les Roms comme étant des délinquants et des personnes antisociales".

- Effet dévastateur -

"Ces déclarations m'affectent parce que je ne m'identifie en aucune manière avec la description des Roms faites par les politiciens", confie à l'AFP Loredana Dumitru, journaliste rom de 24 ans qui travaille pour une chaîne de télévision nationale.

"Je ne me sens pas protégée dans un pays où beaucoup de gens dans la rue me méprisent d'emblée à cause de mon origine et où les hommes politiques, ceux qui doivent me garantir une sécurité dans la société comme citoyenne, font de même", ajoute-t-elle.

La Roumanie compte une importante minorité rom, forte de 620.000 personnes selon le recensement, deux millions selon les ONG qui notent que nombre d'entre eux préfèrent ne pas se déclarer par peur des discriminations.

"En théorie, les hommes politiques devraient donner l'exemple à la société mais ils sont issus de cette société et expriment le point de vue du courant majoritaire", estime Petre Florin Manole, 30 ans, Rom, qui a travaillé au Centre d'études de l'Holocauste Elie Wiesel avant d'être élu conseiller local à Bucarest sur les listes du Parti social-démocrate (PSD).

Pour M. Asztalos, le discours public "généralisateur sur les Roms et l'existence d'expressions comme +si tu n'es pas sage, je te donne aux tsiganes+ a un effet dévastateur sur les enfants de cette minorité qui vivent avec ces stéréotypes et l'angoisse de ne pas les confirmer".

Le discours contre les Roms dans d'autres pays d'Europe --le président d'honneur du Parti d'extrême droite français Jean-Marie Le Pen a été condamné fin décembre à 5.000 euros d'amende pour des propos injurieux envers cette minorité -- a aussi un effet en Roumanie, note-t-il.

Pour tenter de changer les mentalités en politique, M. Manole a fondé une Ligue pour les minorités au sein de son parti. "Mais le chemin est encore long", dit-il reconnaissant osciller "entre colère et désespoir" en entendant certaines déclarations.

Il estime que le CNCD aide à une prise de conscience.

Le Conseil tente de maintenir un équilibre difficile entre poser les limites et "garantir la liberté d'expression pour que les citoyens puissent connaître la mentalité de ceux pour qui ils votent", note M. Asztalos.

"La société doit surtout régler les problèmes économiques et sociaux qui se posent mais sans ethniciser les discussions", ajoute-t-il.

iw/at