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14/02/2014 05:58 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Turquie: un des principaux suspects libérés dans l'enquête qui vise le pouvoir

La justice turque a ordonné vendredi la remise en liberté de neuf suspects incarcérés dans le cadre du scandale de corruption qui éclabousse depuis deux mois le gouvernement, alimentant immédiatement les soupçons d'une intervention du pouvoir.

Dans la foulée d'une purge sans précédent qui a visé plus de 6.000 policiers et des centaines de magistrats, l'ex-PDG de la banque publique Halkbank, au coeur du volet le plus sulfureux de l'enquête à tiroirs qui a éclaté le 17 décembre, a été libéré au terme de près de deux mois de détention provisoire, ont rapporté les médias turcs.

Remplacé à la tête de la banque la semaine dernière, Suleyman Aslan reste inculpé de corruption, fraude et blanchiment d'argent pour avoir facilité un trafic illicite d'or avec l'Iran.

Lors d'une perquisition à son domicile, les policiers avaient découvert l'équivalent de 4,5 millions de dollars en petites coupures dissimulées dans des boîtes à chaussures, devenues depuis le symbole brandi par l'opposition et les manifestants qui dénoncent la corruption du régime du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

M. Aslan avait été placé en détention avec 23 autres suspects réputés proches du pouvoir, parmi lesquels l'homme d'affaires azerbaïdjanais Reza Zarrab, à l'initiative des ventes d'or à l'Iran, et les fils des trois anciens ministres de l'Economie, de l'Intérieur et de l'Environnement, soupçonnés d'avoir touché des pots-de-vin.

Ces quatre personnalités sont toujours en détention provisoire.

Les libérations accordées vendredi ont été interprétées comme le signe de la reprise en main de la justice par le gouvernement.

"Le banquier aux 4,5 millions retrouvés à son domicile est libre. Et les lois qui permettront la libération des autres sont en marche", a déploré l'ex-ministre de la Culture Ertugrul Gunay, démissionnaire du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.

Au total, des dizaines de patrons, hommes d'affaires, hauts fonctionnaires et élus proches du pouvoir ont été inculpés dans le cadre de ce scandale, qui a provoqué une onde choc qui menace M. Erdogan avant les municipales du 30 mars et de la présidentielle d'août.

- Reprise en main -

L'agence de presse semi-officielle Anatolie a révélé vendredi que le fils aîné du Premier ministre avait été entendu le 5 février, sans autre détail. Selon une partie de la presse turque, Bilal Erdogan, qui dirige une fondation d'aide aux étudiants, est soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin.

Ce scandale sans précédent a fait éclater la majorité islamo-conservatrice qui règne sans partage sur la Turquie depuis 2002, provoquant un vaste remaniement fin décembre et la démission de neuf députés du parti au pouvoir.

Depuis des semaines, le chef du gouvernement accuse ses ex-alliés de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, très influents dans la police et la magistrature turques, d'avoir constitué un "Etat dans l'Etat" et de manipuler l'enquête pour le faire tomber.

L'organisation "guleniste" nie catégoriquement ces accusations.

En riposte, M. Erdogan a engagé une épuration historique dans la police et la justice qui a permis d'écarter de nombreux officiers ou magistrats chargés des enquêtes anticorruption.

Le nouveau procureur chargé de superviser les investigations a déjà fait savoir qu'il allait reprendre l'enquête depuis le début, déplorant, selon la presse turque, le "manque de preuves" accumulées par ces prédécesseurs.

Chaque jour, une partie de la presse et l'opposition multiplient les accusations contre les turpitudes de M. Erdogan et ses interventions pour étouffer l'affaire.

Après le vote la semaine dernière d'une loi sur le contrôle d'internet largement dénoncée comme "liberticide", le Parlement a repris vendredi l'examen d'une réforme judiciaire elle aussi très controversée, qui doit attribuer au ministre de la Justice le dernier mot en matière de nominations de magistrats.

Ces deux textes ont suscité de nombreuses critiques, tant en Turquie qu'à l'étranger.

"Ils veulent intimider le peuple, les juges et les procureurs", a dénoncé le chef du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, "nous considérons les discussions sur un tel texte comme une honte pour notre démocratie".

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