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14/02/2014 06:01 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Somalie: des experts de l'ONU pour renforcer l'embargo sur les armes

Des experts de l'ONU ont recommandé de renforcer à nouveau l'embargo sur les armes à destination du gouvernement, qui avait été assoupli il y a un an, en raison d'"abus systématiques" commis par Mogadiscio.

Dans leur rapport confidentiel, dont l'AFP a eu copie, ils énumèrent des détournements, au profit de chefs de clans et parfois même de responsables des shebab somaliens, d'armes achetées depuis cette levée partielle de l'embargo.

En février 2013, le Conseil de sécurité avait décidé d'assouplir pendant une période probatoire d'un an l'embargo sur les armes, sauf pour la plupart des armes lourdes et pour des équipements sensibles. Les achats autorisés restaient soumis à notification préalable.

Mogadiscio, soutenu par Washington, réclamait la levée de l'embargo imposé depuis 1992, afin de mieux lutter contre le mouvement islamiste shebab. Paris et Londres insistaient au contraire pour ne lever que prudemment les restrictions.

Dans leur rapport, les experts pointent des "abus systématiques et à haut niveau dans la gestion et la distribution des armes et des munitions". En outre, déplorent-ils, les procédures de notification "ne sont pas assez détaillées" et les empêchent de contrôler efficacement les détournements. Le gouvernement fédéral somalien a aussi annulé des inspections prévues de ses armureries.

De ce fait, il a été impossible aux experts "de quantifier l'ampleur des détournements de stocks d'armes". Mais ils disent avoir "obtenu d'autres preuves quantitatives qui laissent penser que des abus systématiques sont commis par l'armée nationale somalienne".

Les experts ont ainsi identifié au sein du gouvernement somalien deux groupes qui distribuent des armes "à des forces de sécurité parallèles et des milices claniques". Un de ses groupes appartient au clan Abgaal du président somalien Hassan Cheikh Mohamoud. Un des principaux conseillers du président, membre de ce clan, "a été impliqué dans la fourniture d'armes à un dirigeant des shebab, Cheikh Youssouf Isse", qui appartient au même clan, précise le rapport.

Les experts soupçonnent aussi un ministre somalien membre du clan Habar Gedir d'avoir organisé la livraison à Mogadiscio, sans notification, d'armes achetées à un pays du Golfe, non identifié, "en violation directe de l'embargo".

En vue du réexamen, prévu en mars, de l'embargo, les experts détaillent huit options, qui vont du rétablissement total à la levée totale. Ils recommandent de rétablir un strict embargo ou "au minimum, de renforcer les obligations de notification et de contrôle, sinon de rendre plus strictes" les dispositions actuelles. Ils suggèrent aussi d'adjoindre à la mission de l'ONU en Somalie une "petit groupe d'inspecteurs" chargés de vérifier les mouvements et les stocks d'armes.

Après la chute du président Siad Barre en 1991, la Somalie a été livrée durant plus de 20 ans aux milices claniques, groupes islamistes et gangs criminels. L'élection en septembre 2012 de Hassan Cheikh Mohamoud a suscité l'espoir de doter enfin le pays de véritables institutions pérennes.

avz/mdm