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14/02/2014 02:42 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Reuters France : la rédaction vote la défiance et dénonce un "suicide programmé"

La rédaction de l'agence Reuters en France (groupe Thomson Reuters) a massivement adopté vendredi une motion de défiance à l'égard de sa direction, dénonçant "un suicide programmé" ainsi que "des destructions d'emplois, des services exsangues et une logique comptable sans vision éditoriale", ont indiqué les syndicats.

Cette motion a été adoptée à 95% des votes exprimés (78 sur 82), les 115 salariés du service français de l'agence Reuters ayant été appelés à voter. Elle intervient au moment où un plan de sauvegarde de l'emploi est en cours au sein du groupe Thomson Reuters, qui entraînera notamment la suppression des trois postes du service sports en français, ont précisé les syndicats.

"La rédaction française de l'agence Reuters assiste depuis près d'un an à ce qui s'apparente à un suicide programmé. Sept journalistes en contrat à durée déterminée qui étaient employés sur des postes pérennes n'ont pas été reconduits. Des journalistes poussés vers la sortie, licenciés ou ayant fait valoir leurs droits à la retraite n'ont pas été remplacés. Les budgets dédiés aux pigistes, texte et photo, ont été massivement réduits", est-il expliqué dans la motion.

"Aucun photographe français, aucun journaliste de la rédaction en langue française ne se trouve en ce moment même à Sotchi pour participer à la couverture des Jeux d¹hiver. Cette spirale infernale amorcée par le souci unique de réduire les coûts entraîne une réduction de l'offre éditoriale que nous vendons à nos abonnés. Dans ces conditions, comment éviter que des clients revoient à la baisse ou annulent leurs abonnements ?", poursuit-il.

"Une digue a sauté avec la fermeture du service des sports dont les dépêches représentaient en moyenne 15% du fil français et jusqu'à 45% le week-end. Une deuxième digue se fissure avec l'incapacité dans laquelle la rédaction se retrouve désormais d'assurer la totalité du service des nuits", poursuit la motion.

"La rédaction française de l'agence Reuters refuse le journalisme low-cost et rejette cette évolution qui conduit inéluctablement le fil français vers une lente disparition", conclut-il.

Le groupe américano-canadien d'informations Thomson Reuters, dont le bénéfice a chuté en 2013, a décidé 3.000 suppressions d'emplois en 2014 après 2.500 en 2013. Elles porteraient notamment, selon les syndicats, sur 5% des effectifs de l'agence de presse Reuters, soit environ 140 postes sur 2.800 journalistes.

La direction de Reuters France n'avait pu être jointe vendredi soir pour réagir après cette motion.

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