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14/02/2014 09:50 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Pakistan: le militant anti-drones enlevé a été libéré, torturé aussi (avocat)

Un militant pakistanais anti-drones enlevé la semaine dernière par des agents présumés des services secrets a été libéré vendredi, a annoncé son avocat, en déplorant qu'il ait été "interrogé" et "torturé" pendant sa détention.

Karim Khan, dont le fils et le frère ont été tués par un drone américain en décembre 2009, fut le tout premier Pakistanais à porter plainte pour meurtre dans le cadre des bombardements de Washington dans le nord-ouest du pays.

Il avait été interpellé dans la nuit du 4 au 5 février par une quinzaine d'hommes vêtus en civil ou portant un uniforme de police à son domicile de Rawalpindi, ville voisine de la capitale Islamabad, quelques jours seulement avant son départ pour l'Europe où il devait s'entretenir avec des parlementaires sur les drones, selon son avocat et sa famille.

Vendredi matin, ses ravisseurs l'ont libéré en le jetant d'un van les yeux bandés sur le bord d'une route dans la banlieue d'Islamabad, a annoncé dans un communiqué son avocat, Shahzad Akbar.

"Ses mains n'étaient pas liées et il a pu enlever son bandeau et prendre un taxi pour rentrer chez lui", a indiqué M. Akbar, en le décrivant comme "très secoué" car il a été "torturé, battu, interrogé et détenu menotté dans une cellule".

M. Khan a indiqué ne pas avoir pu identifier ses ravisseurs. Mais les puissants services secrets pakistanais, régulièrement accusés d'enlever et de tuer des opposants, ont été soupçonnés dès le départ. Au point que mercredi, un tribunal de Rawalpindi, près d'Islamabad, leur avait ordonné "de présenter Karim Khan devant la justice le 20 février ou de donner par écrit les raisons de son arrestation", selon M. Akbar.

Il est apparu dans l'après-midi devant la presse, vêtu d'une longue chemise traditionnelle noire et d'un turban, pour raconter son enlèvement et les traitements subis pendant sa détention, notamment la "torture".

"Plusieurs hommes armés en uniformes de police et en civil sont arrivés chez moi après minuit et m'ont emmené. Ils m'ont torturé. Ils m'ont frappé à la tête et aux bras, avec un bâton", a-t-il expliqué, précisant avoir été menotté tout au long de sa détention.

"Pendant les séances de torture, ils m'ont donné des noms en me demandant si je connaissais ces personnes". Certaines étaient des victimes des tirs de drones américains, d'autres lui étaient inconnues, a-t-il ajouté.

"Difficile de dire s'ils étaient policiers ou civils. Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai été détenu", a-t-il conclu.

Karim Khan avait été enlevé quelques jours avant une audience à la haute cour d'Islamabad dans son procès contre les forces pakistanaises qu'il accuse de complicité dans la mort de son fils Zahinullah et de son frère Asif Iqbal. Il devait de plus se rendre le samedi suivant en Europe pour discuter des frappes de drones américaines sur le sol pakistanais avec des parlementaires en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.

Les frappes de drones contre les rebelles talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda sont officiellement critiquées par les autorités pakistanaises mais des témoignages et des documents récemment rendus publics ont attesté de la complicité passé d'Islamabad avec les États-Unis dans ce programme.

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