POLITIQUE
14/02/2014 03:45 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Jean Charest donne des munitions aux opposants du projet de charte des valeurs québécoises

Agence QMI

MONTRÉAL - L'ex-premier ministre Jean Charest a ajouté son grain de sel dans le débat entourant la charte des valeurs québécoises, vendredi, en procurant des munitions aux opposants du projet du gouvernement Marois.

Invité par le groupe de réflexion sur le fédéralisme «L'Idée fédérale», à Montréal, il a affirmé que, dans tous les cas, avant de restreindre des libertés, il faut démontrer qu'il y a un réel problème.

«Tout citoyen raisonnable a raison de dire à son législateur: "tu veux restreindre mes libertés? Alors fais-moi la démonstration qu'il y a un problème qui justifie que tu m'enlèves mes libertés"», a-t-il dit.

L'ex-premier ministre du Québec envoyait ainsi une flèche au projet du gouvernement Marois visant notamment à interdire aux employés de l'État de porter des signes religieux ostentatoires en milieu de travail.

Accompagné de l'ancien premier ministre fédéral Brian Mulroney, M. Charest a souligné qu'il serait difficile pour les Québécois de plaider leur différence reliée à la langue française tout en interdisant celle de certaines personnes.

«Ce que j'ai observé, c'est que les Québécois savent, par rapport à leur histoire, qu'ils ont un intérêt à être ouverts parce qu'il vont demander la même chose pour eux, a-t-il dit. Ils l'exigent (cette différence) pour être qui ils sont.»

Selon M. Charest, une société devrait cultiver le sentiment d'acceptation plutôt que de faire le contraire.

«Le pire des scénarios c'est lorsque nous faisons des lois sur la peur de l'autre et fondées sur l'ignorance, a-t-il affirmé. On n'aime pas toujours ce que l'autre nous présente, mais vivre dans une société qui est riche, c'est de vivre dans une société où on accepte et cultive ce sentiment d'acceptation.»

M. Charest a toutefois reconnu que dans certains cas, comme dans le débat qui a entouré la préservation et la protection de la langue française au Québec, il pouvait être nécessaire d'imposer des restrictions.

Il a tenu ces propos alors que se trouvait dans la salle l'actuel chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard.

Celui-ci a salué les propos de son prédécesseur, ajoutant que le projet de charte du gouvernement Marois allait créer un problème qui n'existe pas.

«On invente un problème afin d'inventer une solution, a dit M. Couillard .J'ai pratiqué la médecine quelques années et un des vieux patrons me disait "quand ton patient n'a rien, c'est mieux de ne rien faire".»

Préserver le Sénat canadien

Dans la foulée du scandale des dépenses de certains sénateurs fédéraux, dont les conservateurs Mike Duffy et Pamela Wallin, ainsi que le libéral Mac Harb, M. Charest a réfuté les arguments de ceux qui souhaitent abolir cette institution.

L'ex-premier ministre a reconnu que les fautifs ont entaché l'institution fédérale, mais qu'il ne fallait pas souhaiter son abolition pour autant.

«Est-ce qu'il y en a des entreprises où, lorsqu'il y a des problèmes de comptes de dépenses, on propose de fermer cette entreprise?», s'est-il demandé.

M. Charest estime ainsi qu'il est de la responsabilité des dirigeants politiques de plaider en faveur du Sénat, même si l'opinion publique diffère. Il propose plutôt de trouver des façons d'améliorer la Chambre haute.

«Ma job, (quand j'étais) premier ministre, c'est de défendre nos intérêts, a-t-il martelé. Alors l'idée d'aller dire qu'on va consentir à l'abolition du Sénat (...) ça serait une grave erreur.»

M. Mulroney, qui a nommé 59 sénateurs au cours de ses années passées à titre de premier ministre, a également plaidé en faveur d'un resserrement des pratiques au sein de l'institution.

L'ex-premier ministre du Canada a fait référence aux propositions du chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, qui a expulsé les 32 sénateurs libéraux hors de son caucus.

«Regardez l'affaire de Justin Trudeau où il parle (d'un processus) de nominations non partisanes, a dit M. Mulroney. L'idée n'est pas mauvaise.»

Il estime toutefois que la formule la plus efficace pour sélectionner les sénateurs serait par le biais de suggestions des provinces.

«On verrait un Sénat transformé et beaucoup plus transparent», a commenté M. Mulroney.

Questionné sur un possible projet de réforme au Sénat, le chef du PLQ, M. Couillard, s'est limité à dire qu'il devra se faire avec le Québec.

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