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14/02/2014 03:23 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Il y a 25 ans, une fatwa condamnait à mort l'écrivain Salman Rushdie

Il y a 25 ans, le 14 février 1989, l'écrivain britannique d'origine indienne Salman Rushdie apprenait d'une journaliste de la BBC par téléphone sa condamnation à mort. Rappel des faits en 5 points.

1. Le livre

En septembre 1988 paraît à Londres The satanic verses, le quatrième roman de Salman Rushdie. Cette oeuvre de fiction est inspirée d'un fait réel, l'explosion du Boeing 747 d'Air India en 1985. 

Le roman suit les aventures de deux acteurs, seuls survivants, qui atterrissent sains et saufs, agrippés l'un à l'autre, sur une plage anglaise, le premier dans la peau de l'archange Gabriel, l'autre sous les traits du diable. 

2. Le titre 

Le titre fait référence à un épisode contesté des prédications du prophète Mahomet au cours duquel il aurait reconnu l'existence d'autres divinités qu'Allah avant de se rétracter. Selon certaines interprétations, cette concession aurait été faite sous l'influence de Satan, d'où le nom de « versets sataniques ».

3. Les émeutes

Les manifestations contre le livre commencent dès le mois d'octobre 1988 en Inde. À la fin du mois de janvier 1989, les émeutes gagnent la Grande-Bretagne, puis se propagent.

Intervient alors l'Iran sous la forme d'une fatwa (décret religieux) de l'Ayatollah Khomeini, diffusée le 14 février 1989, qui condamne à mort l'auteur du livre, mais également ses éditeurs, et incite les musulmans du monde entier à les tuer immédiatement.

4. La vie de clandestin

Salman Rushdie se voit alors contraint de vivre dans la clandestinité, sous protection armée, et adopte le pseudonyme de Joseph Anton, en hommage aux écrivains Joseph Conrad et Anton Tchekhov.

Son traducteur japonais est assassiné, son traducteur italien et son éditeur norvégien, grièvement blessés. Lui-même aurait échappé à une vingtaine de tentatives d'assassinat. 

Il raconte cet épisode de sa vie, véritable calvaire au quotidien, dans Joseph Anton : une autobiographie (Plon, 2012), un ouvrage écrit à a troisième personne du singulier, comme si ce Joseph Anton ne pouvait qu'être un personnage de fiction. 

5. L'onde de choc dans le monde

Ce n'est pas la première fois qu'un ouvrage est mis à l'index, mais cette fois-ci, l'onde de choc dans la communauté intellectuelle et littéraire est immense. 

Pour Émile Martel, président du PEN Québec, un organisme qui défend la liberté d'expression et les droits des écrivains, cela tient au fait que la persécution lancée contre Salman Rushdie s'étendait à la planète entière, au lieu d'être circonscrite à un état totalitaire.

Selon l'écrivain, traducteur et ancien diplomate, toute la communauté littéraire a été éclaboussée. 

En septembre 1998, CNN rapporte que le président iranien Khatami a déclaré qu'il ne tenterait pas de faire appliquer la sentence de mort contre l'écrivain britannique. Mais selon certains responsables religieux, la fatwa reste imprescriptible, et il faut attendre 2002 pour que Rushdie cesse de vivre sous protection policière.

Aujourd'hui, 25 ans après les faits, la pression se fait encore sentir et l'auteur n'est toujours pas le bienvenu en Inde, où l'adaptation cinématographique de son roman Les enfants de minuit a peiné à trouver un distributeur.

En 2012, la fondation religieuse iranienne qui a mis à prix sa tête a porté à 3,3 millions de dollars la prime pour son assassinat en 2012.