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14/02/2014 07:18 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Autre tentative d'exode musulman vendredi à Bangui en République centrafricaine

BANGUI, République centrafricaine - Des milliers de musulmans qui ont tenté vendredi de fuir Bangui, la capitale de la République centrafricaine, ont été contraints de rebrousser chemin par les soldats de maintien de la paix, pendant que des foules de chrétiens en colère menaçaient de tous les tuer.

La France a annoncé, peu de temps après, l'envoi de 400 nouveaux soldats pour tenter de rétablir l'ordre dans ce pays. Pour sa part, le secrétaire général de l'ONU a prévenu que le «tissu de la société, tissé depuis des générations, est déchiré en miettes».

«Nous devons respecter les promesses faites autour de cette table en agissant rapidement et robustement face à autant de sang versé, a lancé Ban Ki-moon au Conseil de sécurité. Nous ne pouvons prétendre nous préoccuper de telles atrocités et ensuite hésiter à poser les gestes nécessaires pour les prévenir.»

À Bangui, le convoi de camions et d'automobiles s'est arrêté avant de pénétrer dans un quartier où des affrontements ont récemment eu lieu.

Un journaliste de l'agence de presse Associated Press a noté que jusqu'à dix personnes étaient entassées dans certaines automobiles. Il s'agissait du deuxième exode du genre cette semaine. Des chrétiens s'étaient massés le long du trajet pour harceler les musulmans, qui ont fait l'objet de représailles violentes et sanglantes au cours des dernières semaines.

Mais le convoi, qui s'étirait à perte de vue, a été contraint de rebrousser chemin quand les soldats étrangers ont craint qu'il ne soit attaqué en traversant certains des secteurs les plus volatiles de la capitale.

Le convoi s'est immobilisé dans le quartier de Miskine, où un véhicule a basculé dans le fossé. Un capitaine burundais a alors ordonné aux soldats africains de demander à tous les véhicules de se rendre à une mosquée locale, selon ce qu'a constaté un journaliste de l'Associated Press.

Les soldats ont bloqué le convoi avant qu'il ne traverse des quartiers où des violences ont éclaté vendredi. Au moins une personne a été tuée lors d'une attaque à la grenade perpétrée par des miliciens chrétiens, et l'armée française a dû intervenir pour secourir deux personnes gravement blessées pendant que la foule incendiait des pneus en criant des slogans antimusulmans et antifrançais.

«Le convoi escorté par les forces burundaises est revenu à son point de départ en raison d'un problème dans un quartier du nord de la ville que les musulmans auraient dû traverser», a dit un porte-parole des forces africaines de maintien de la paix.

Plus de 1000 personnes ont été tuées depuis que la violence a fait éruption en décembre en République centrafricaine. Près d'un million des 4,6 millions d'habitants du pays ont fui leurs résidences.

La minorité musulmane, qui représente environ 15 pour cent de la population, est de plus en plus ciblée non seulement par les milices chrétiennes mais aussi par des foules en colère. Les victimes musulmanes sont fréquemment mutilées et parfois traînées dans les rues et brûlées.

Certains musulmans ont été tués en tentant de rejoindre le Tchad ou le Cameroun.

L'exode de dizaines de milliers de musulmans a été comparé mercredi à un nettoyage ethnique par Amnesty International qui a présenté un rapport sur la République centrafricaine.

«Des hommes armés ont annoncé leur intention de retrouver et de tuer tous les musulmans de la ville, a prévenu jeudi Médecins sans frontières. Quiconque héberge un musulman est en danger.»

L'organisation affirme que des miliciens chrétiens ont envahi des hôpitaux à la recherche de musulmans. Lors d'un autre incident, des combattants chrétiens ont pris le contrôle de l'aéroport de la ville de Carnot, dans le sud-ouest du pays, et bloqué l'évacuation par avion des blessés.