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13/02/2014 04:36 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Talibans libérés par Kaboul: le ton monte entre Karzaï et Washington

Le président Hamid Karzaï a demandé jeudi aux Etats-Unis de cesser de "harceler" la justice afghane, après la libération par Kaboul de 65 talibans présumés, qui a provoqué la fureur de son allié américain, avivant les déjà fortes tensions entre les deux pays.

"J'espère que les Etats-Unis vont arrêter de harceler les autorités judiciaires afghanes et de contester leurs procédures (...). Si les autorités judiciaires afghanes décident de libérer des prisonniers, cela n'est pas et ne doit pas être l'affaire des Etats-Unis", a déclaré le président afghan à l'issue du 8e sommet Turquie-Afghanistan-Pakistan à Ankara.

Les prisonniers, détenus à Bagram, une prison controversée au nord de Kaboul et autrefois gérée par les Etats-Unis, sont jugés "dangereux" par les militaires américains en Afghanistan.

Mais Kaboul a passé outre. "Les 65 prisonniers ont été libérés et ont quitté la prison de Bagram ce matin", a déclaré à l'AFP Abdul Shukor Dadras, membre de la commission chargée d'évaluer les demandes de libération des prisonniers afghans.

L'ambassade des Etats-Unis a dénoncé une décision "profondément regrettable", dans un communiqué en forme d'avertissement: "Le gouvernement afghan devra assumer les conséquences de cette décision (...). Nous l'exhortons à prendre toutes les mesures possibles pour s'assurer que les personnes libérées ne commettent pas de nouveaux actes de violence ou de terreur".

A Washington, le département d'Etat a reconnu que l'Afghanistan était un pays "souverain" pour décider de ces remises en liberté, mais s'est dit "inquiet" pour "les vies des membres des troupes de la coalition, des forces de sécurité afghanes et des civils afghans".

- Geste d'apaisement -

Des analystes y voient un geste d'apaisement de Kaboul envers les talibans, dans l'espoir de les convaincre d'accepter des pourparlers de paix pour stabiliser le pays après le retrait des forces de l'Otan à la fin de l'année.

Les talibans du mollah Omar ont jusqu'à présent toujours officiellement refusé de parler directement avec le gouvernement du président Karzaï, qu'ils qualifient de "marionnette" des Etats-Unis, et nié avoir eu des premiers contacts avec lui.

A la lumière de plaintes des Américains, les autorités afghanes ont indiqué avoir "réétudié" les dossiers de ces détenus. "Mais les preuves contre eux n'ont jamais été sérieusement examinées" par Kaboul, a déploré jeudi Washington.

Selon les Etats-Unis, ces prisonniers sont directement impliqués dans des attaques meurtrières contre des soldats de l'Otan et contre les forces afghanes.

La libération de ces prisonniers représentera un "recul pour l'Etat de droit en Afghanistan" et "une source d'inquiétude légitime" pour les forces de sécurité afghanes et internationales confrontées à l'insurrection talibane, avaient déjà averti cette semaine les forces armées américaines dans le pays.

Les Etats-Unis ont eu pendant longtemps le contrôle de la prison de Bagram, avant d'en transmettre l'essentiel à Kaboul en mars 2013. Le président Karzaï avait présentée cette passation de pouvoir comme le symbole des efforts de l'Afghanistan pour recouvrer sa souveraineté.

Les Etats-Unis y détiennent toutefois encore des combattants présumés non-afghans.

Les libérations de ces 65 talibans présumés sont "contraires" à l'accord sur le transfert de la prison de Bagram, dans lequel les autorités afghanes "s'engageaient à prendre toutes les mesures possibles pour s'assurer que les personnes libérées ne présentent plus de menace" à la sécurité, ont encore protesté les autorités américaines.

Ce nouveau désaccord s'ajoute aux tensions, déjà vives, entre Washington et le président Karzaï à propos de l'accord de sécurité bilatéral (BSA) encadrant le maintien d'une force résiduelle américaine en Afghanistan après 2014.

Les Etats-Unis menacent M. Karzaï de retirer toutes leurs troupes du pays s'il ne signe pas rapidement ce texte, alors que ce dernier compte déléguer cette tâche à son successeur au terme de la présidentielle d'avril, à laquelle il ne peut participer. La Constitution lui interdit en effet de briguer un troisième mandat.

"Plus les jours passent sans (BSA), plus il est probable que nous aurons à planifier et finalement à n'avoir aucun soldat là-bas après 2014", a de nouveau averti le département d'Etat.

Faute d'un tel accord, les Etats-Unis s'étaient retirés d'Irak fin 2011 sans y laisser de forces sur place afin d'appuyer les troupes irakiennes. Depuis, ce pays connaît une exacerbation des violences communautaires.

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