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François Bellefeuille: délicieux délire (VIDÉO)

En pièces détachées, dans des galas Juste pour rire ou en première partie des Heures verticales de Louis-José Houde, François Bellefeuille nous faisait crouler de rire. Mais on éprouvait quand même une certaine appréhension en se rendant à la première montréalaise de son one man show, au Monument-National, mardi soir.

Le personnage de désaxé colérique créé par l’ancien vétérinaire devenu humoriste allait-il tenir la route pendant un spectacle complet? L’assistance allait-elle se lasser rapidement du ton revanchard de ce drôle de moineau? Et, si on extrapole, ce dernier aurait-il le potentiel pour durer dans le temps et tenir la vedette de deux, trois ou quatre spectacles, si telle est la volonté de celui qui lui donne vie?

Honte à nous. Non seulement François Bellefeuille livre la marchandise haut la main avec ce premier effort solo, mais cet alter ego absurde qu’il s’est taillé sur mesure pourra très bien évoluer au fil des années. Le personnage a de la substance, et une certaine logique se dégage de ses délires, aux limites de la schizophrénie. Bon comédien, Bellefeuille n’hurle pas constamment ses réparties et sait doser ses niveaux de colère. Suffit de jouer le jeu, d’entrer dans son monde… et de ne pas tout prendre au pied de la lettre.

Des attentes comblées

Avant même d’entrer dans la salle, on avait un aperçu du genre de soirée qui s’offrirait à nous en consultant la «circulaire François Bellefeuille», distribuée à chaque spectateur. Le document présentait toute une gamme de (faux) produits dérivés au nom de l’artiste. Après une première partie - qui nous a paru longue – assurée par Pierre-Luc Pomerleau, l’antihéros est monté sur scène, et le vrai plaisir a commencé.

«Y en-a-tu qui sont venus en Bixi?», a lancé l’homme, en guise de salutations. Pas de doute, on était bien dans l’univers de François Bellefeuille. L’air déjà enragé avant même de lancer ses premières blagues, le pas du tout sympathique, mais néanmoins fascinant gaillard, a balancé cet avertissement à ses admirateurs : «Le show que je vais vous présenter ce soir ne répond pas à mes attentes.» On était avisés.

Mais ses attentes devaient être très, très élevées, parce que les nôtres ont facilement été comblées. Qu’il «pète sa coche» sur les régimes et le goût des légumes, sur sa calvitie naissante, sur le sudoku, sur les fous de Bassan ou sur les tortues, les réflexions de l’extraterrestre sont toujours hilarantes. On a même eu droit à un numéro de danse… sur lequel on n’élaborera pas, pour ne gâcher aucune surprise.

Deux segments se hissent au sommet de notre palmarès personnel. Au détour du récit d’une visite chez le médecin, François Bellefeuille fait le point sur cette image caractérielle qu’on lui accole. «La dernière fois que je me suis fâché, c’était en 2001. Je m’en souviens, j’ai fait quatre ans de prison», a-t-il juré. La source de son irritation? Un magasin fermé un lundi de Pâques. Il a raconté avoir orchestré une vengeance terrible en «détruisant psychologiquement» des poussins, en cassant des œufs devant eux. On avait peine à reprendre notre souffle tellement on riait.

«Caca Boudin»

Autre gros coup de cœur, cette lecture de livres pour enfants, qui a apporté un éclairage complètement nouveau sur des histoires en apparence candides. On a d’abord eu droit aux péripéties de Papouille la grenouille, puis à celles du lapin Caca Boudin. Avec les illustrations projetées derrière, et l’interprétation toute particulière de Bellefeuille, on a vogué loin, très loin, dans le deuxième degré.

François Bellefeuille refait aussi – littéralement – le monde, en déplaçant les pays sur une carte géographique. Les Grands Lacs se sont ainsi retrouvés en Afrique, et la Corée du Nord a remplacé la Floride. En fin de piste, l’éternel célibataire nous a offert sa propre vision de la reproduction et de la naissance des enfants, en expliquant au passage les raisons de son infertilité en termes «très techniques» (c’est lui qui le dit). Il a ensuite énuméré les qualités que devra absolument posséder sa future amoureuse. Aucun gros punch final n’a clôturé l’ensemble, mais peu importe. La prestation entière était un punch à elle seule.

Au moment d’adresser ses remerciements, François Bellefeuille a encouragé le public à faire part de ses (bonnes) impressions aux journalistes de La Presse, du Journal de Montréal et du Huffington Post Québec, dans le but, bien sûr, de s’attirer de bonnes critiques. Ne sois pas inquiet, François; on était là, on a adoré, et on va le crier haut et fort, à qui veut l’entendre.

Pour connaître toutes les dates de la tournée de François Bellefeuille, consultez son site officiel. Il sera notamment en supplémentaires à Montréal les 4 et 5 avril, au Théâtre St-Denis (où on affiche déjà complet) et à l’Olympia, les 2 et 3 mai.

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