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04/02/2014 03:03 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

Ukraine: le pouvoir pourrait accepter des élections anticipées

Le pouvoir ukrainien s'est dit ouvert mardi à la perspective d'élections anticipées pour mettre fin à la crise, à quelques heures de l'arrivée à Kiev de la chef de la diplomatie de l'UE Catherine Ashton et de la reprise du dialogue avec l'opposition au Parlement.

Le président Viktor Ianoukovitch pourrait accepter de tenir des élections législatives et présidentielle anticipées, pour mettre fin à la crise politique, a déclaré à l'AFP son représentant au Parlement Iouri Mirochnitchenko.

M. Ianoukovitch a évoqué ce scénario lors d'une rencontre avec les députés de son parti la semaine dernière, a précisé M. Mirochnitchenko, alors que l'Ukraine est secouée depuis plus de deux mois par une vague de contestation sans précédent.

Ce conflit a été déclenché par la volte-face pro-russe du pouvoir qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE alors que l'Ukraine au bord de la cessation de paiements, a besoin d'urgence d'une aide financière.

Le proche du chef de l'Etat a expliqué que ce dernier avait évoqué deux scénarios de sortie de crise, le premier consistant à "amnistier les manifestants arrêtés et à obtenir l'évacuation des bâtiments publics" occupés par les contestataires, et "le second des élections anticipées".

"Nous avons voté la loi d'amnistie", a rappelé M. Mirochnitchenko. Mais l'opposition a dénoncé comme "inacceptable" cette loi, affirmant qu'elle transformait les personnes arrêtées en "otages", leur libération dépendant de l'évacuation préalable des bâtiments publics. L'opposition demande la libération inconditionnelle des militants arrêtés.

M. Mirochnitchenko a indiqué que le pouvoir espérait toujours une sortie de crise grâce au premier scénario, mais que le second restait sur la table.

Les protestations dans la rue contre l'abandon, fin novembre, d'un accord d'association avec l'UE se sont transformées en une contestation directe du régime de M. Ianoukovitch.

"dé-poutiniser" l'Ukraine

"Les gens sont sortis dans la rue parce qu'ils veulent dire +ça suffit de vivre sous le règne de l'arbitraire et de la corruption totale+, dans un pays où les gens n'ont pas d'avenir", a asséné mardi l'un des chefs de l'opposition, l'ex-boxeur Vitali Klitschko, à la reprise des travaux du Parlement.

"Nous devons arrêter la dictature", a encore dit M. Klitschko, avant de proposer le retour à la Constitution de 2004. Issu de la Révolution orange pro-occidentale, ce texte qui donnait beaucoup moins de pouvoirs au chef de l'Etat a été annulé après l'élection de M. Ianoukovitch en 2010.

Intervenant ensuite, le chef du parti nationaliste Svoboda Oleg Tiagnybok, a accusé le pouvoir de suivre les ordres de Moscou et appelé à "dé-poutiniser" la vie politique ukrainienne.

Le chef de la fraction du Parti des régions de M. Ianoukovitch, Olexandre Efremov a dénoncé de son côté "l'extrémisme" des manifestants et le chaos dans les rues.

Les travaux en séance plénière ont été suspendus à 10 heures GMT et devaient reprendre quatre heures plus tard, pour permettre aux députés de discuter de la réforme constitutionnelle réclamée par l'opposition.

Ce vif débat se déroulait à quelques heures de l'arrivée annoncée à Kiev de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton qui devrait discuter avec le pouvoir et l'opposition de l'aide financière que l'Union européenne et les Etats-Unis pourraient apporter à l'Ukraine pour aider le pays à sortir de la crise.

Mme Ashton doit dîner avec les chefs de l'opposition mardi soir, a-t-on appris auprès de la représentation de l'UE à Kiev. Elle sera reçue mercredi matin par le président Ianoukovitch, avant de rencontrer des représentants de la société civile et de donner une conférence de presse en fin d'après-midi.

L'aide occidentale, encore à l'étude, dépendra de l'évolution politique en Ukraine et de la composition du futur gouvernement devant remplacer celui de Mykola Azarov qui a démissionné la semaine dernière. Les opposants voudraient y occuper des postes clés, une fois les changements constitutionnels obtenus.

Cet hypothétique appui américain et européen pour Kiev se ferait "quand le pays reprendra la voie de la reprise économique, via le FMI", le Fonds monétaire international, a précisé la porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki. Dans le passé, Kiev avait refusé de se plier aux conditions très rigoureuses du FMI.

De l'avis de diplomates occidentaux, l'aide occidentale ne pourra pas égaler la proposition russe - promesse de 15 milliards de dollars de crédits - dont trois milliards ont déjà été versés - et baisse de 30% du prix du gaz.

Cependant, Moscou a laissé entendre que la suite de la mise en ouvre de son assistance dépendrait du gouvernement ukrainien à venir.

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