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04/02/2014 12:38 EST | Actualisé 06/04/2014 05:12 EDT

Ukraine : l'opposition veut la fin de la "dictature" via une réforme constitutionnelle

L'opposition ukrainienne a demandé mardi au président de mettre un terme à la "dictature" en réduisant ses pouvoirs par une réforme constitutionnelle "urgente", alors que le pouvoir a fait miroiter la possibilité d'élections anticipées.

De telles élections sont réclamées depuis longtemps par l'opposition, mais une réforme constitutionnelle présente l'avantage d'une voie beaucoup plus réaliste.

A l'issue d'une journée riche en déclarations politiques, les chefs de l'opposition devaient dîner avec le chef de la diplomatie de l'UE, Mme Catherine Ashton, arrivée en début de soirée à Kiev.

Le Parlement dominé par les alliés du président Viktor Ianoukovitch n'a pas avancé sur cette réforme réclamée par l'opposition comme un élément clé pour sortir de la crise politique alors que le pays est frappé par une vague de contestation sans précédent depuis plus de deux mois.

L'un des dirigeants de l'opposition, Vitali Klitschko, s'est rendu auprès du chef de l'Etat pour lui demander une solution "immédiate". Mais celui-ci lui a expliqué que la réforme accordant davantage de pouvoirs au gouvernement et au Parlement pourrait prendre "jusqu'à six mois".

"Cela fera seulement monter la fièvre dans la société", a lancé l'ex-boxeur devant les députés --qui doivent reprendre leurs travaux mercredi à 08H00 GMT-- à l'issue de son entretien avec M. Ianoukovitch.

Le mouvement né fin novembre de la volte-face pro-russe du pouvoir au détriment d'un rapprochement avec l'Union européenne s'est radicalisé et transformé en contestation radicale du régime de Viktor Ianoukovitch dont les manifestants réclament le départ.

Elections anticipées possibles

Avant les débats, le représentant du président au Parlement, Iouri Mirochnitchenko, a créé la surprise en évoquant la possibilité d'élections anticipées.

Selon lui, M. Ianoukovitch a évoqué ce scénario au cours d'une rencontre avec les députés de son parti la semaine dernière, comme une solution alternative si un autre scénario, à savoir l'amnistie des manifestants arrêtés en échange de l'évacuation des bâtiments publics occupés, échouait.

L'opposition a dénoncé comme "inacceptable" cette proposition d'amnistie qui donne aux opposants 15 jours pour libérer les bâtiments occupés. Elle demande la libération inconditionnelle des militants arrêtés.

"Dé-poutiniser" l'Ukraine

"Nous devons mettre fin à la dictature", a déclaré mardi M. Klitschko avant de proposer le retour à la Constitution de 2004. Issu de la Révolution orange pro-occidentale, ce texte qui donnait beaucoup moins de pouvoirs au chef de l'Etat a été annulé après l'élection de M. Ianoukovitch en 2010.

Intervenant ensuite, le chef du parti nationaliste Svoboda, Oleg Tiagnybok, a accusé le pouvoir de suivre les ordres de Moscou et appelé à "dé-poutiniser" la vie politique ukrainienne.

Le chef de la fraction du Parti des régions de M. Ianoukovitch, Olexandre Efremov a dénoncé de son côté "l'extrémisme" des manifestants et le chaos dans les rues.

Le débat animé au Parlement s'est déroulé à quelques heures de l'arrivée à Kiev de Mme Ashton qui devrait discuter avec le pouvoir et l'opposition de l'aide financière que l'UE et les Etats-Unis pourraient apporter à l'Ukraine, au bord de la cessation de paiements.

Mme Ashton sera reçue mercredi matin par le président Ianoukovitch, selon la représentation de l'UE en Ukraine.

L'aide occidentale, encore à l'étude, dépendra de l'évolution politique en Ukraine et de la composition du futur gouvernement devant remplacer celui de Mykola Azarov qui a démissionné la semaine dernière. Les opposants voudraient y occuper des postes clés, une fois les changements constitutionnels obtenus.

Cet hypothétique appui américain et européen pour Kiev se ferait "quand le pays reprendra la voie de la reprise économique, via le FMI", le Fonds monétaire international, a précisé le porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki. Dans le passé, Kiev a refusé de se plier aux conditions très rigoureuses du FMI.

De l'avis de diplomates occidentaux, l'aide occidentale ne pourra pas égaler la proposition russe - promesse de 15 milliards de dollars de crédits, dont trois milliards ont déjà été versés et baisse de 30% du prix du gaz.

Moscou a de son côté laissé entendre que la suite de la mise en oeuvre de son assistance dépendrait de la couleur du gouvernement ukrainien à venir.

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