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04/02/2014 08:28 EST | Actualisé 06/04/2014 05:12 EDT

L'opposition thaïlandaise s'adresse aux tribunaux pour faire annuler le vote

BANGKOK - La principale formation politique thaïlandaise d'opposition s'est adressée mardi aux tribunaux pour faire annuler le résultat de l'élection nationale contestée du week-end dernier, donnant le coup d'envoi à une querelle juridique qui pourrait prolonger la crise politique qui ébranle le pays depuis plusieurs semaines.

La pétition déposée par le Parti démocratique auprès de la Cour constitutionnelle réclame aussi la dissolution du parti de la première ministre Yingluck Shinawatra, qui a organisé le scrutin de dimanche pour tenter de désamorcer une crise qui perdure depuis trois mois.

Le chef de l'équipe juridique du Parti démocratique, l'ancien parlementaire Wiratana Kalayasiri, a expliqué que la pétition prétend que le vote était anticonstitutionnel pour plusieurs raisons, notamment parce qu'il n'a pas été complété en une seule journée.

Les détracteurs du Parti démocratique mettent cet argument en doute et rappellent que l'élection n'a pas été bouclée uniquement parce que des militants de l'opposition ont interféré avec son déroulement.

Le Parti démocratique avait décidé de boycotter le scrutin et ses partisans ont forcé la fermeture de centaines de bureaux de vote à Bangkok et dans le sud du pays, empêchant des millions de personnes de s'exprimer. Des élections spéciales devront donc être organisées pour compléter le vote.

Le résultat du scrutin ne pourra être annoncé tant que toutes les régions du pays n'auront pas pu voter.

«Cette élection contrevient à la Constitution sur plusieurs plans, mais essentiellement elle n'était pas juste, a dit M. Wiratana. L'élection n'a pas été organisée en une seule journée (...) et c'est pourquoi nous demandons son annulation.»

Un porte-parole du parti Pheu Thai de Mme Yingluck, Prompong Nopparit, a accusé les démocrates d'avoir «ouvert un nouveau front pour aider les manifestants dans la rue».

«Ce sont eux qui n'ont pas participé à l'élection. Ils sont plus susceptibles d'être ceux qui veulent renverser la démocratie avec des méthodes anticonstitutionnelles», a-t-il dit.

En dépit des craintes de violence, le scrutin s'est déroulé pacifiquement dans 90 pour cent des bureaux de vote.

La querelle met aux prises les partisans de Mme Yingluck et ses détracteurs, qui affirment qu'elle n'est que la marionnette de son frère, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra. Celui-ci a été chassé du pouvoir par l'armée en 2006. Il vit actuellement en exil pour échapper à la peine de prison pour corruption qui l'attend en Thaïlande.

Les manifestants ont bloqué plusieurs grandes intersections de Bangkok et paralysé des ministères. Ils réclament que le gouvernement élu soit remplacé par un «conseil du peuple» qui mettrait en place des réformes avant la tenue de nouvelles élections et effacerait l'influence de la famille Thaksin de la politique thaïlandaise.

Mme Yingluck a refusé de quitter son poste, faisant valoir qu'elle a été élue par la majorité et qu'elle est prête à mettre en place des réformes. Elle prétend que le conseil souhaité par l'opposition serait anticonstitutionnel et non démocratique.