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04/02/2014 04:58 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

Le premier procès pour génocide d'un Rwandais en France est un "bon signe" (Kigali)

Le premier procès en France d'un Rwandais jugé pour son rôle dans le génocide de 1994, ouvert mardi, bien que tardif est un "bon signe", a estimé le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye.

Le gouvernement rwandais issu de l'ex-rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) qui a mis fin au génocide en prenant le pouvoir, a longtemps critiqué la justice française pour son refus constant d'extrader les suspects qu'il réclamait et la lenteur des procédures en France.

Ces refus et les interminables procédures ont durablement entretenu rancoeurs et soupçons, Kigali accusant la France d'avoir joué un rôle dans le génocide qui a fait quelque 800.000 morts, essentiellement issus de la minorité tutsi, entre avril et juillet 1994, en soutenant le régime hutu génocidaire de l'époque.

"L'Histoire est en marche. Nous nous sommes toujours demandé pourquoi ça avait pris 20 ans (...) c'est tard, mais c'est bon signe", a déclaré lundi soir à l'AFP M. Busingye, interrogé sur l'ouverture à Paris de Pascal Simbikangwa, 54 ans, ex-capitaine de l'armée rwandaise jugé pour complicités de génocide et de crimes contre l'humanité.

"Ce n'est pas le moment de se réjouir, ça ne fait que commencer, c'est le premier (procès) en 20 ans, nous allons l'observer avec beaucoup d'intérêt", a-t-il ajouté, précisant que le gouvernement rwandais "soutenait le processus" et entendait "coopérer" si nécessaire.

Il a souligné que la France avait toujours "un grand nombre de suspects sur son territoire". L'extradition "a toujours été notre option privilégiée", mais "nous avons toujours dit:+si vous ne pouvez pas, alors jugez-les".

Rompues en 2006 après la mise en cause par la justice française de proches du président rwandais Paul Kagame dans l'attentat qui a coûté la vie au président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, attentat considéré comme l'élément déclencheur du génocide, les relations diplomatiques ont été rétablies trois ans plus tard.

Les relations entre Kigali et Paris restent néanmoins empreintes de méfiance et marquées par des accès de tension. En 2012 la France était restée plusieurs mois sans ambassadeur au Rwanda, les autorités rwandaises ayant refusé d'agréer la diplomate désignée par Paris, Hélène Le Gal, aujourd'hui conseillère Afrique du président François Hollande.

Les avocats de M. Simbikangwa - qui nie l'ensemble des accusations - dénoncent un dossier maigre et un procès politique et diplomatique, l'année du 20e anniversaire du génocide alors que se réchauffent les relations entre le Rwanda et la France.

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