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04/02/2014 11:59 EST | Actualisé 06/04/2014 05:12 EDT

France: les défenseurs de la famille traditionnelle déterminés à poursuivre leur combat

Au lendemain de l'abandon en France d'un projet de loi contesté sur la famille, ses détracteurs, de croyances et milieux divers, entendent poursuivre leur combat contre une société "qui ne réfléchit pas" et rester vigilants sur d'autres textes, comme sur l'euthanasie.

"Preuve est faite que la détermination permet de faire comprendre les inquiétudes mais je reste vigilant", confie à l'AFP Laurent Flavigny, un expert-comptable de 54 ans qui a participé dimanche à la manifestation ayant rassemblé au moins 100.000 personnes en France pour la défense de l'enfant et contre la loi autorisant depuis 2013 le mariage homosexuel.

"Ces lois sont faites pour changer le mode de fonctionnement d'une société. Or la famille, avec un père, une mère et des enfants, est ce qui fait le creuset d'une société", plaide-t-il. "La société n'a pas changé, ce sont les dirigeants qui ont changé", ajoute-t-il en réponse à l'affirmation du gouvernement selon laquelle de nouveaux textes sont nécessaires pour s'adapter à l'évolution "du vivre ensemble".

La forte mobilisation contre le projet de loi du gouvernement a surpris en France.

Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste de François Hollande, en 2012, des dizaines de milliers de Français avaient bien manifesté à maintes reprises contre le mariage homosexuel, adopté courant 2013. Mais avec l'entrée en vigueur de cette réforme, leur mouvement avait perdu de sa vigueur.

Le lancement d'un nouveau projet sociétal a mobilisé de nouveau -sans aucun encadrement politique- les défenseurs d'un modèle de famille classique, mêlant catholiques, musulmans, Français de tous âges issus pour une bonne part de la classe moyenne.

L'une des mesures phare du nouveau texte prévoyait de mettre à la disposition des familles recomposées de nouveaux "outils juridiques" pour reconnaître le rôle joué par des tiers (notamment les beaux-parents) dans l'éducation des enfants.

"Démoralisation générale en France"

Pour François de Singly, sociologue à l'Université Paris-Descartes, la mobilisation d'une partie de la population française ne correspond pas en premier lieu à un réveil religieux.

"Il s'agit plutôt d'une démoralisation générale en France qui fait qu'on s'accroche aux branches. Et les branches, ce sont le mariage, la famille..."

"Sans doute du fait de la mondialisation, il y a un ré-attachement à la tradition", poursuit l'expert dans un entretien avec l'AFP. Paradoxalement, "les modèles en déclin dans la société comme le mariage, la nation ou la virilité sont placés sur un piédestal", relève-t-il.

Retraité de 68 ans, venu lui aussi manifester à Paris (avec sa femme), Patrice Carré s'inscrit en faux contre l'idée que les projets gouvernementaux sont motivés par une recherche de progrès. "Pour certains, le progrès c'est +toujours plus de droits+, pour moi, il s'agit de défendre les plus faibles et d'oeuvrer pour plus de justice", explique-t-il à l'AFP.

"Le mariage homosexuel, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui et l'euthanasie sont-ils des progrès ? Je ne crois pas", insiste-t-il.

Pour ces partisans d'une société traditionnelle, le combat est loin d'être achevé et la nouvelle loi sur la fin de vie, promise par François Hollande, est un motif d'inquiétude. Le chef de l'Etat a récemment réaffirmé sa volonté de voir adopter une loi permettant à une personne atteinte d'une maladie incurable de demander une "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité".

"On a l'impression que les individus ne conduisent pas leur vie et qu'ils s'en remettent à la société pour penser. Je suis pour une réflexion individuelle sur le sens de la vie", poursuit M. Carré, pour qui "on ne peut nier les différences naturelles entre hommes et femmes" et qui se décrit comme "quelqu'un de bon sens".

Le collectif "Manif pour tous" à l'origine des manifestations dimanche a jugé après l'abandon par le gouvernement de son projet pour 2014 que "le compte n'y était pas". Il a demandé mardi la suspension d'une expérimentation décriée contre les stéréotypes filles-garçons à l'école, qualifié de dangereux endoctrinement.

Le recul du gouvernement a suscité une profonde division dans la majorité socialo-écolo au pouvoir, les Verts se montrant très critiques. Le Front de gauche, qui s'affirme dans l'opposition, et le parti communiste ont déploré de leur côté "une reculade pathétique" et "une dérobade sous la pression".

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