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04/02/2014 03:21 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

Ado et célèbre : gage de dérapage psychosocial?

Justin Bieber, Lindsay Lohan, Britney Spears, Miley Cyrus (et l'on pourrait continuer la liste longtemps), ont tous quelque chose en commun : ils sont devenus très jeunes des vedettes et n'ont pas su gérer les aléas de cette célébrité. Problèmes de consommation de drogue et d'alcool; troubles mentaux et sexuels; arrestations multiples, et même des peines de prison, sont à l'ordre du jour.

Savoir gérer le vedettariat et tout ce qui vient avec n'est déjà pas une sinécure pour un individu stable et mature. Mais lorsque l'on est à un stade de sa vie où la maturité fait encore défaut, ces problèmes se trouvent amplifiés et deviennent, souvent, ingérables.

Selon Suzanne Vallières, psychologue spécialisée auprès des enfants depuis plus de 20 ans, les parents doivent être extrêmement vigilants lorsqu'ils ont un enfant, ou un adolescent, qui se retrouve propulsé dans la célébrité. « Il y a un sentiment de pouvoir qui apparaît chez le jeune. Il se retrouve dans un monde d'adultes, avec des problèmes d'adultes, alors qu'il n'est pas encore équipé pour y faire face. »

Au Québec, où le système de vedettariat est proportionnellement plus petit qu'aux États-Unis, par exemple, ce genre de comportement est beaucoup moins courant. Mais pour Katerine-Lune Rollet, qui a tenu le rôle de Sophie Bonin-Jutras dans la série Watatatow et qui avait 16 ans lorsqu'elle est entrée dans le métier, il y a quand même des risques à atteindre une certaine notoriété à un jeune âge : « Les enfants et adolescents de la télé et du cinéma qui s'en sont bien sortis sont rares. Tu vas sur un plateau et tu es le centre d'attention de ton entourage personnel et professionnel. Tu ne vas pas à l'école, ou en tout cas, pas selon le même horaire que tes amis; tu vis vraiment dans un autre monde. »

Des risques élevés

La Dre Lisa Rapport, psychologue et professeure à la Wayne State University de Détroit, s'est penchée sérieusement sur le problème il y a une quinzaine d'années dans le cadre d'une étude auprès des enfants et des adolescents vedettes. Cette recherche a été menée pour l'organisme A Minor Consideration, voué à la défense des droits des enfants et des adolescents vedettes, fondé en 1990 par William Paul Petersen, qui fut lui-même, très jeune, une star de la télé.

Cette étude révèle des faits assez troublants : les enfants vedettes courent, une fois adultes, un risque de développer des problèmes de consommation 100 fois plus grands pour la drogue, et 3 fois plus élevés pour l'alcool. Et c'est sans compter l'angoisse qui s'installe lorsque le téléphone cesse de sonner.

Pour Katerine-Lune, lorsque les contrats se sont faits plus rares, elle était dans la trentaine. « C'est difficile à gérer, déjà, quand on est adulte. Ne plus se sentir désiré, lorsqu'on n'est pas assez mature pour gérer ça, c'est extrêmement difficile. »

Sonia Gagnon est agente d'artiste. Elle compte parmi sa clientèle quelques adolescents, dont William Monette, Catherine Brunet et Antoine Desrochers qui, malgré leur jeune âge, ont déjà une feuille de route bien remplie. Elle raconte que le problème du téléphone qui ne sonne plus, c'est surtout au début de la vingtaine qu'il se produit, parce qu'il y a plus de joueurs sur le terrain : « C'est à ce moment qu'arrivent sur le marché les finissants des écoles de théâtre. Ça devient plus difficile d'obtenir des rôles, il y a plus de compétition. »

Quand les règles ne s'appliquent plus

L'argent représente aussi un facteur de dérapage important. Même lorsqu'il n'est pas question de millions de dollars : « Quand tu te retrouves, à 15-16 ans, avec un très bon salaire, tu penses que cela va toujours continuer comme ça. Pourquoi aller à l'école? demande Katerine-Lune. Je suis une des rares comédiennes issues de Watatatow qui sont allées à l'université, parce que mes parents m'ont toujours bien encadrée. »

Sonia Gagnon est catégorique sur le sujet : « Il ne faut pas arrêter l'école. Le salaire annuel moyen des comédiens, au Québec, est en bas de 20 000 $ par année. L'argent est presque un cadeau empoisonné, pour plusieurs, qui partent très tôt vivre à l'extérieur du domicile familial parce qu'ils ont les moyens de s'acheter un condo ou de louer un appartement. Mais lorsque cela ralentit, si l'on n'a pas étudié, on se retrouve avec pas grand-chose sous les pieds. »

De l'encadrement parental

Suzanne Vallière croit elle aussi que l'argent doit être administré strictement pour éviter de se placer dans une situation difficile à gérer : « Lorsque l'on a 16 ou 17 ans, si l'on n'est pas bien entourés, cela devient facile de sombrer dans les excès. Il faut placer l'argent et donner une allocation hebdomadaire, par exemple, pour éviter les dérapages. »

Est-ce qu'un organisme comme A Minor Consideration serait utile pour encadrer la profession lorsqu'elle est pratiquée par des enfants ou des adolescents? « Oui, ça serait une bonne idée, surtout pour aider les parents à cheminer avec leur enfant », pense Suzanne Vallières.

Sonia Gagnon ne pense pas que cela soit nécessaire pour l'instant : « La convention de l'Union des artistes est assez stricte à ce sujet. Si un comédien a moins de 16 ans, un tuteur doit être présent sur les lieux de tournage, et il y a toujours quelqu'un qui les accompagne tant qu'ils sont mineurs. On traite toujours avec les parents. Alors, si un adolescent se retrouve dans ce milieu et que ses parents l'encadrent bien, il n'y a pas de problème. En tout cas, personnellement, je n'ai jamais eu à gérer ce genre de situation. »

Katerine-Lune Rollet, elle, soutient que c'est lorsque la carrière connaît un creux de vague qu'il est important d'offrir du soutien. Et elle va même plus loin : « Si j'ai des enfants qui veulent faire du cinéma, ou de la télé, la réponse est non! En activité parascolaire, par exemple, alors là, oui! »

Un texte de François Lemay