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03/02/2014 10:01 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

Ukraine: Catherine Ahston à Kiev pour une nouvelle tentative de sortir de la crise

La diplomate en chef de l'Union européenne Catherine Ashton est attendu mardi en Ukraine pour une nouvelle tentative de mettre fin à la crise, incluant une éventuelle aide financière à laquelle Européens et Américains disent réfléchir.

Les Etats-Unis ont confirmé lundi discuter avec l'Union européenne de cette aide, dont le montant n'a pas été précisé, et que le chef de l'Etat ukrainien n'a de son côté pas commenté, lançant en revanche une mise en garde contre "l'extrémisme" de l'opposition.

Cet hypothétique appui américain et européen pour Kiev se ferait "après la formation d'un gouvernement technique et quand le pays reprendra la voie de la reprise économique via le FMI", le Fonds monétaire international, a expliqué la porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki.

Encore faut-il que Kiev s'engage sur la voie des réformes et que les violences cessent, avaient annoncé plus tôt lundi les services de Mme Ashton, sans entrer dans les détails.

Ce "Plan ukrainien" doit porter sur différents secteurs de l'économie "pour améliorer les choses", toutefois indiqué Mme Ashton dans un entretien au Wall Street Journal, ajoutant que "les chiffres ne seront pas modestes".

Les autorités de Kiev ont choisi pour le moment de ne pas réagir. "Je ne peux pas commenter ces déclarations, parce que je ne peux pas les confirmer. Personne ne m'en a parlé", a dit le ministre des Affaires étrangères Léonid Kojara, interrogé au cours d'une conférence de presse.

Le président Viktor Ianoukovitch , qui a repris le travail lundi, après un silence complet de quatre jours justifié par un congé maladie, a préféré de son côté fustigé "l'extrémisme" des manifestants.

Il a accusé l'opposition d'"incitation à la haine", motivée par "la lutte pour le pouvoir", sans dire cependant qui exactement visaient ses propos.

Ces déclarations ont semblé faire écho à un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères qui avait appelé, quelques heures plus tôt, l'opposition ukrainienne à renoncer aux "menaces" et aux "ultimatums", afin de permettre à l'Ukraine de "sortir de la crise profonde" dans laquelle elle se trouve "tout en restant dans le cadre constitutionnel".

Dans le bref fragment de son intervention transmis par la télévision, M. Ianoukovitch n'a évoqué ni la proposition d'aide de l'Occident, ni les demandes de réforme constitutionnelle et d'amnistie formulées par l'opposition.

Depuis le refus du président Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'Union européenne en novembre, l'Ukraine, au bord de la cessation de paiements, est secouée par une vague de contestation sans précédent.

Difficile d'égaler l'offre russe

Dans son interview au WSJ, le chef de la diplomatie européenne n'a donné aucune indication sur le montant des fonds éventuellement disponibles pour l'Ukraine.

Un diplomate européen interrogé par l'AFP, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, a indiqué qu'"il s'agissait de recenser tout ce que les Européens peuvent mettre sur la table, avec les Américains, en raclant les fonds de tiroirs sur les fonds européens".

Mais "il sera difficile, je le crains, d'arriver à hauteur de l'offre russe", a-t-il ajouté. Après l'abandon, juste avant sa signature, de l'accord d'association UE-Ukraine fin novembre, Moscou a offert à Kiev 15 milliards de dollars de crédits et une réduction du prix de son gaz de 30%.

Lors des négociations sur l'accord d'association, l'UE avait proposé 610 millions d'aides financières à l'Ukraine. Mais cette aide, qui était subordonnée au programme de réformes draconien du FMI, avait été jugée dérisoire par le président Ianoukovitch.

Lundi, les premières informations sur une éventuelle aide occidentale ont été suivies de près par l'annonce d'un montant élevé de la dette gazière de l'Ukraine, totalisant, fin janvier, 3,35 milliards d'euros. Une manière de rappeler, peut-être, à quel point l'Ukraine est financièrement dépendante de la Russie.

Le programme de M. Ianoukovitch pour les prochains jours n'a pas été précisé - mais son chef de la diplomatie a annoncé qu'il se rendrait aux JO de Sotchi, sans donner de date. Les Jeux s'ouvrent le 7 février.

A Kiev, le président doit travailler à la mise en place d'un nouveau gouvernement. Une question essentielle, car tant Moscou que Bruxelles font dépendre leur aide de la composition et des pouvoirs de ce gouvernement. L'opposition souhaite obtenir un contrôle réel des postes clés.

En attendant, le Parlement reprend mardi ses travaux. L'opposition devrait en profiter pour proposer une nouvelle loi d'amnistie pour les manifestants arrêtés, destinée à remplacer celle faisant dépendre son application de l'évacuation par les opposants des bâtiments publics occupés.

Elle compte aussi promouvoir la réforme constitutionnelle pour revenir à la Loi fondamentale de 2004, issue de la Révolution orange pro-occidentale et qui accorde moins de pouvoirs au chef de l'Etat.

A Paris, le président François Hollande a appelé de nouveau lundi "au dialogue, à l'apaisement et à une solution politique" en Ukraine, jugeant que la situation est "grave" et exige "la plus grande vigilance".

via/neo/ob