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03/02/2014 04:47 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

Sables bitumineux: les émissions polluantes seraient sans doute sous-estimées

EDMONTON - Une nouvelle étude porte à croire que les risques pour la santé de l'exploitation des sables bitumineux dans la région albertaine de l'Athabasca ont probablement été sous-estimés.

Selon les chercheurs, les émissions polluantes potentiellement dangereuses qui ont été utilisées dans les études d'impact environnemental avant l'approbation de certains projets ne tenaient pas compte du phénomène d'évaporation des bassins de rétention ou d'autres sources, comme la poussière s'élevant des sites miniers.

La recherche, réalisée par un groupe en chimie de l'environnement de l'université de Toronto, s'est penchée sur les concentrations d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) — des produits chimiques qui peuvent être rejetés dans l'atmosphère, dans l'eau et dans le sol lorsque les sables bitumineux sont extraits et transformés.

Au dire des scientifiques, il est possible que les estimations de risques futurs pour les humains et les autres formes de vie soient insuffisantes.

Pour le professeur Frank Wania, l'un des auteurs de l'étude, les résultats démontrent la nécessité de mieux tenir compte des émissions de HAP dans l'exploitation des sables bitumineux, particulièrement alors que davantage de projets sont en développement ou sont prévus dans la région.

En utilisant des modèles informatiques, les chercheurs ont étudié les estimations d'émissions provenant d'études d'impacts environnementaux pour prédire les concentrations de produits chimiques découlant de l'activité industrielle liée aux sables bitumineux, comme l'exploitation minière, la transformation et le trafic routier. Ils ont alors découvert que les concentrations étaient en fait plus basses que celles mesurées sur le terrain dans le cadre d'autres études.

Mais en tenant compte des estimations découlant de l'évaporation des bassins de rétention, les résultats obtenus selon le modèle informatique correspondent bien davantage aux quantités détectées sur le terrain.

Selon les chercheurs, les émissions polluantes pourraient être ainsi de deux à trois fois plus importantes que les estimations utilisées lors des études d'impact environnemental.

Les concentrations mesurées dans l'air dans la région des sables bitumineux sont en fait comparables à celles de grandes villes comme Toronto.

«Ce n'est pas que je tire la sonnette d'alarme: je ne dis pas que nous devrions être très inquiets, parce que nous vivons avec ces concentrations à tous les jours», soutient M. Wania. «Tout ce que nous disons, c'est que les données de base en matière d'évaluation des risques pour l'humain sont incomplètes.»

Une autre étude, publiée l'an dernier, révélait que le développement des sables bitumineux entraîne la pollution des lacs environnants dans le nord de l'Alberta. Cette recherche, financée par le gouvernement fédéral, indiquait que la concentration en hydrocarbures toxiques dans six lacs était de deux fois et demie à 23 fois ce qu'elle était avant l'exploitation des sables bitumineux.