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03/02/2014 09:20 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

Le régime diffuse une vidéo du journaliste canadien arrêté en Égypte

LE CAIRE, Égypte - Les autorités égyptiennes ont diffusé lundi une vidéo de l'arrestation, à la fin du mois de décembre, de deux journalistes de la chaîne Al-Jazira, dont le canado-égyptien Mohammed Fahmy.

M. Fahmy est le chef de bureau d'Al-Jazira au Caire.

La vidéo de 22 minutes, apparemment tournée avec un téléphone cellulaire, a été diffusée dimanche par la chaîne Al-Tahrir. Les images montrent notamment les hommes emmenés à bord d'une camionnette après avoir été arrêtés dans un hôtel sur les rives du Nil.

La diffusion de ces images démontre que le régime égyptien n'en a pas fini avec sa répression du réseau qatarien. Les autorités affirment qu'Al-Jazira fait la promotiom de la division et des violences et que la chaîne travaille pour le compte des Frères musulmans, un groupe islamiste désigné organisation terroriste en Égypte.

Les images montrent aussi M. Fahmy et son collègue australien Peter Greste étant interrogés à l'hôtel avant leur arrestation. Elles ne montrent toutefois aucun des policiers qui ont procédé à l'arrestation, ni un troisième employé d'Al-Jazira qui a lui aussi été arrêté.

Les policiers demandent fréquemment à M. Fahmy comment il est payé et qui Al-Jazira compte interroger, ainsi que des détails concernant ses employés. On lui demande aussi pourquoi il travaille depuis un hôtel, ce à quoi M. Fahmy répond qu'il se cherche encore un bureau. Son bras a été placé dans une écharpe et il semble souffrir. Il paraît aussi complètement dépassé par la situation.

«Cette vidéo ridicule met en scène les ordinateurs portables de nos employés, leurs caméras et leurs téléphones cellulaires avec une trame sonore dramatique. Les gens qui verront plus loin que la propagande, par contre, découvriront que la vidéo prouve ce que nous prétendons depuis le début — que nos gens étaient des journalistes qui faisaient leur boulot, a dit par voie de communiqué le directeur de l'information pour Al-Jazira, Salah Negm. Ils n'étaient pas non plus au Caire secrètement. L'équipe a fait plusieurs reportages avant son arrestation.»

Les trois hommes comptent parmi les 20 journalistes d'Al-Qaïda soupçonnés d'avoir rejoint les rangs ou aidé une organisation terroriste. Huit des 20 personnes sont derrière les barreaux et aucune date de procès n'a été annoncée.

La direction du réseau, qui ne compte plus aucun journaliste sur le terrain en Égypte, se défend contre ces accusations et exige la libération de ses reporters, dont l'arrestation a déclenché un tollé au sein des groupes de défense des droits de la personne et des organisations journalistiques.

La Maison-Blanche a elle aussi dénoncé ces arrestations.

Les journalistes pourraient écoper de 15 ans de prison. Ils sont accusés d'avoir «trafiqué des photos» pour créer «des images irréelles donnant l'impression au monde extérieur qu'une guerre civile menaçait de détruire l'État», et diffusé des images pour aider «le groupe terroriste à parvenir à ses fins».

Par ailleurs, les procureurs égyptiens ont renvoyé devant la justice le leader des Frères musulmans et 50 autres personnes accusées d'avoir incité leurs partisans à résister aux forces de l'ordre lors d'une perquisition mortelle en août. Les partisans de Mohammed Morsi, le président islamiste déchu, s'étaient rassemblés dans la partie orientale du Caire pendant près de deux mois, avant d'être dispersés par la police. L'opération avait fait au moins 600 morts.

M. Morsi, le leader des Frères musulmans Mohammed Badie et plusieurs autres font déjà l'objet de procès qui pourraient leur valoir la peine de mort.

M. Badie et ses proches sont accusés d'avoir comploté pour renverser le gouvernement, d'avoir commis des actes pour porter à croire que le gouvernement ne contrôlait plus le pays, d'avoir inventé des scènes de manifestants tués et d'avoir volé à la police des armes qui ont ensuite été utilisées pour tuer des policiers.

Enfin, au moins 20 personnes ont été tuées et 25 autres blessées quand des soldats égyptiens appuyés par des hélicoptères de combat ont frappé les repaires de militants islamistes présumés dans la nord de la péninsule du Sinaï. Seize autres militants présumés auraient été arrêtés.