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02/02/2014 10:00 EST | Actualisé 04/04/2014 05:12 EDT

Ukraine: le président revient, le militant blessé s'en va à l'étranger

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, doit reprendre le travail lundi à l'issue d'une courte maladie, face à une opposition ragaillardie par le soutien de l'Occident et alors qu'aucune solution de la plus longue crise traversée par son pays n'est en vue.

Après quatre jours d'absence, il retrouvera son bureau alors qu'au moins un de ses problèmes, très médiatisé, semble résolu avec le départ pour l'étranger de l'opposant Dmytro Boulatov, enlevé et torturé, selon lui, par des inconnus.

Dmytro Boulatov est l'un des leaders d'Automaïdan, mouvement de manifestants en voiture, qui avait organisé plusieurs actions spectaculaires devant la résidence du chef de l'Etat près de Kiev. Il a raconté vendredi avoir été enlevé le 22 janvier et torturé par des inconnus pendant une semaine, avant d'être abandonné dans une forêt.

Quand il a retrouvé la liberté, la police a annoncé son intention de l'assigner à résidence comme "suspect de l'organisation de troubles massifs". Et, alors que son visage ensanglanté apparaissait sur les écrans de télévision dans le monde entier, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Léonid Kojara, a mis en doute la gravité de ses blessures.

Mais entre-temps son cas est devenu emblématique de la "répression cachée" touchant des dizaines de militants de l'opposition et dont ces derniers soupçonnent - sans pouvoir avancer des preuves - des gros bras recrutés en secret par le pouvoir.

Interpellé sur le cas Boulatov par ses homologues occidentaux en marge de la conférence sur la sécurité de Munich, M. Kojara a d'abord voulu le minimiser, mais devant une vague d'indignation dans les médias sociaux et à l'étranger, il a changé de ton et assuré qu'il pourrait aller se faire soigner à l'étranger.

C'est chose faite depuis dimanche soir. Boulatov est arrivé à Vilnius via Riga et a été conduit en ambulance dans un hôpital lituanien, sans parler aux médias.

Le cas Boulatov réglé, M. Ianoukovitch, confronté depuis plus de deux mois à la plus grave crise qu'ait connue l'Ukraine depuis son indépendance, reprend les commandes face à une opposition toujours aussi mobilisée.

Ses chefs ont obtenu un ferme soutien - pour le moment verbal - de la part des hauts responsables américain, allemand et français en marge de la conférence sur la sécurité à Munich.

Aide financière

S'adressant à plus de 60.000 partisans de l'opposition rassemblés dimanche dans le centre de Kiev - un nombre important compte tenu du froid et de la lassitude des gens -, ces dirigeants, Vitali Klitschko et Arseni Iatseniouk, ont indiqué avoir saisi l'occasion pour demander à leurs interlocuteurs occidentaux une aide concrète: une médiation internationale et une assistance financière.

La médiation, ont-ils expliqué, permettrait "d'éviter des divergences d'interprétation" dans leurs pourparlers avec M. Ianoukovitch.

Ils ont affirmé avoir obtenu l'assurance des Occidentaux qu'une aide financière serait le cas échéant accordée au pays, qui est au bord de la cessation de paiements.

"Ils sont prêts à le faire", a déclaré M. Iatseniouk.

La chef de la diplomatie de l'UE Catherine Ashton a confirmé dans une interview au Wall Street Journal, que les Occidentaux préparaient une aide financière dont le montant "ne serait pas petit" et qui ne dépendrait pas de l'acceptation préalable par Kiev d'un accord à long terme avec le Fonds monétaire international, les conditions financières posées par le FMI étant difficiles à remplir pour l'Ukraine.

Cependant, a précisé Mme Ashton, qui doit se rendre dans les prochains jours à Kiev, l'octroi de cette aide serait conditionné par la poursuite de réformes économiques et politiques par le futur gouvernement ukrainien.

L'Ukraine s'était privée de l'aide européenne en renonçant soudainement fin novembre à un accord d'association avec l'UE, le président Ianoukovitch recevant en échange de Moscou 15 milliards de dollars de crédits assortis d'une baisse conséquente du prix du gaz russe. Mais le président russe, Vladimir Poutine, a fait planer un doute la semaine dernière sur le maintien de ces accords si l'opposition venait au pouvoir.

C'est la volte-face du pouvoir au profit de la Russie qui avait déclenché la crise, mais celle-ci a depuis évolué vers une contestation générale du système présidentiel mis en place par M. Ianoukovitch. Les opposants vivant dans le village de tentes place de l'Indépendance à Kiev exigent maintenant son départ et le retour à l'ancienne Constitution de 2004, autrement dit à un système donnant moins de pouvoirs au chef de l'Etat.

via/ml