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01/02/2014 01:54 EST | Actualisé 02/04/2014 05:12 EDT

Thaïlande: l'opposition sous le feu des critiques pour son boycott des élections

Après deux décennies de défaites électorales, le plus Parti démocrate, le plus ancien parti politique thaïlandais, qui boycotte les législatives de dimanche, est aujourd'hui accusé de tourner le dos à la démocratie.

Le Parti démocrate, allié traditionnel des élites de Bangkok, soutient les manifestants qui menacent de perturber le vote et réclament depuis trois mois la démission de la Première ministre Yingluck Shinawatra pour remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu.

"Le parti se détourne de la démocratie", a commenté Pavin Chachavalpongpun, de l'Université de Kyoto.

Les Démocrates essaient de "trouver un raccourci" vers le pouvoir, a-t-il ajouté, rappelant qu'ils n'ont pu accéder au gouvernement depuis vingt ans qu'avec le soutien de l'armée et de la justice.

L'opposition considère Yingluck comme la marionnette de son frère Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre en exil renversé par un coup d'Etat en 2006, et l'accuse de corruption et d'achats de voix -- des attaques qu'elle rejette.

Et les Démocrates, populaires à Bangkok et dans le sud du pays, arguent que les législatives ne pourront mettre fin au cycle de crises politiques lancé en 2006.

"Les élections ne pourraient pas résoudre les problèmes et les conflits auxquels nous faisons face", a souligné à l'AFP leur chef Abhisit Vejjajiva.

"Un processus de réformes doit être lancé pour que la population ait confiance dans le fait qu'au moment des élections, et après les élections, le gouvernement élu n'abuse pas de son pouvoir comme il l'a fait ces deux dernières années".

Soutenus par les électeurs des campagnes du Nord qui ont bénéficié de leurs politiques d'aide aux plus pauvres, les partis pro-Thaksin ont remporté toutes les législatives depuis 2001, dont les dernières largement en 2011.

Les détracteurs des Démocrates pointent eux du doigt l'occasion manquée par l'opposition d'élargir sa base électorale grâce à la colère provoquée chez les Thaïlandais par les accusations de corruption et un projet de loi d'amnistie qui aurait permis à Thaksin de rentrer sans purger ses deux ans de prison pour malversations financières.

Pas dans l'"esprit de la démocratie"

"Aucun système démocratique ne peut fonctionner sans une opposition talentueuse et engagée", a estimé l'analyste David Streckfuss. "Ils ont échoué à saisir leur chance de gagner plus de voix".

Les Démocrates avaient déjà boycotté les élections de 2006, contribuant à une crise qui avait précipité le coup d'Etat contre Thaksin.

Ils étaient parvenus au pouvoir la dernière fois fin 2008, après une décision de justice qui avait chassé les alliés de Thaksin et avait provoqué la colère des "chemises rouges" fidèles au milliardaire.

Les "rouges" avaient ensuite occupé au printemps 2010 le centre de Bangkok pour réclamer le départ d'Abhisit alors Premier ministre, avant un assaut de l'armée.

Abhisit est inculpé pour meurtre pour son rôle dans cette crise qui avait fait plus de 90 morts.

En décembre dernier, les députés démocrates avaient démissionné en bloc, forçant Yingluck à dissoudre le parlement pour tenter de sortir de l'impasse. Mais l'opposition avait vite annoncé son boycott.

"A mon avis, c'est une erreur en terme d'esprit de la démocratie. C'était la mauvaise décision", a estimé Gothom Arya, de l'université Mahidol de Bangkok. "Ils devraient se battre sur la scène parlementaire".

Abhisit, diplômé d'Oxford né dans une famille aisée, assure de son côté que son parti ne snobe pas la démocratie.

"Nous avons participé au processus démocratique pendant toute notre histoire", a insisté celui dont le nom signifie "privilège".

"Mais nous sommes confrontés à une situation où nous avons une majorité élue qui ne respecte pas la loi, qui se place au-dessus de la loi, refuse d'accepter les décisions des tribunaux, commet des abus de pouvoir et intimide ses opposants politiques".

Alors que Yincluck a refusé de reporter les législatives, les Démocrates font désormais face à un dilemme: ne pas voter dimanche pourrait leur faire perdre leur droit à être candidats au prochain scrutin.

Mais Abhisit a indiqué samedi sur sa page Facebook qu'il ne se rendrait pas aux urnes, jugeant ces élections "inconstitutionnelles".

"Les Démocrates se trouvent dans une situation délicate", a noté Streckfuss. "Je pense qu'ils pensaient vraiment que la date des élections serait changée. Et ils n'avaient pas de plan B".

apv-dr/abd/pt