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31/01/2014 11:48 EST | Actualisé 02/04/2014 05:12 EDT

Un opposant ukrainien raconte avoir été enlevé et torturé

"Ils m'ont crucifié" : Dmytro Boulatov, un militant ukrainien très actif contre le président Viktor Ianoukovitch a été enlevé et torturé pendant une semaine, une affaire qui a relancé les inquiétudes sur le sort d'opposants disparus.

Son cas, qui a suscité une vive émotion en Ukraine et en Europe, s'ajoute à d'autres passages à tabac et enlèvements, dont un mortel, survenus durant la contestation sans précédent qui secoue le pays depuis plus de deux mois, depuis la volte-face en novembre du président Viktor Ianoukovitch qui s'est tourné vers la Russie en renonçant à un rapprochement prévu avec l'Union européenne.

A ce jour, 33 personnes ayant pris part aux manifestations contre le pouvoir sont portées disparues, selon l'ONG SOS Euromaïdan qui répertorie ces cas, sans qu'il soit possible de vérifier ce chiffre.

crucifié et tailladé

"Ils m'ont crucifié, m'ont coupé une oreille et tailladé le visage, ils m'ont roué de coups sur tout le corps. Mais, Dieu merci, je suis vivant", a déclaré vendredi Dmytro Boulatov, selon des images des chaînes de télévision privées Kanal 5 et 1+1.

On distingue sur les images télévisées du sang coagulé sur son visage, des blessures sur ses mains et des vêtements imprégnés de sang.

Ce père de trois enfants âgé de 35 ans, porté disparu le 22 janvier, a été abandonné jeudi soir dans une forêt de la banlieue de Kiev après avoir été retenu et torturé par des inconnus.

Il a réussi à rejoindre un village d'où il a appelé au secours.

Le ministère de l'Intérieur qui a ouvert une enquête contre X pour enlèvement a affirmé vendredi ne pas exclure "la mise en scène de l'enlèvement (...) afin de provoquer une réaction négative dans la société".

Dmytro Boulatov est l'un des leaders d'Automaïdan, mouvement de manifestants en voiture, qui avait organisé plusieurs actions spectaculaires devant la résidence du chef de l'Etat près de Kiev.

Boulatov et deux autres militants du mouvement Serguï Koba et Olexi Gritsenko figurent sur une liste de personnes recherchées par la police pour organisation de troubles massifs.

des victimes ciblées

La chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton s'est dite "consternée" vendredi par les signes évidents de torture infligée de façon prolongée au militant.

Elle a lié l'affaire de M. Boulatov à celle du militant Iouri Verbitski, dont le corps, portant des marques de tortures, avait été retrouvé dans une forêt dans le même secteur de la banlieue de Kiev le 22 janvier, parlant de "deux cas de ciblage délibéré".

Iouri Verbitski, abandonné dans une forêt après avoir été violemment battu, est officiellement mort d'"hypothermie".

Il avait été kidnappé dans le centre de Kiev avec un autre militant, Igor Loutsenko, qui, battu et abandonné dans les bois lui aussi, a réussi à s'en sortir vivant.

L'un des chefs de l'opposition, Vitali Klitschko, qui a rendu visite à l'hôpital à Dmytro Boulatov, a dénoncé un "acte d'intimidation" à l'égard des opposants les plus actifs au régime.

Plusieurs autres membres d'Automaïdan ont fui l'Ukraine en se disant menacés.

La journaliste Tetiana Tchornovol, sauvagement battue en décembre, est également membre de ce mouvement.

"Une vingtaine de voitures de nos militants ont été brûlées dans la nuit de jeudi à vendredi", a indiqué à l'AFP Sergui Poïarkov, un autre leader du mouvement.

"Personne ne se sent plus en sécurité", a-t-il dit.

Un autre chef de file de l'opposition, Arseni Iatseniouk, qui participera avec Vitali Klitschko samedi à une conférence internationale à Munich, lors de laquelle les deux hommes doivent rencontrer le secrétaire d'Etat américain John Kerry, a pour sa part déclaré qu'il demanderait "une enquête internationale sur les meurtres, tortures, enlèvements et persécutions contre les journalistes".

L'ONG Human Rights Watch a indiqué vendredi avoir répertorié 13 cas où la police avait délibérément frappé ou visé avec des tirs de balles de caoutchouc des journalistes couvrant la contestation, ou des médecins. Des ONG ukrainiennes parlent de 60 cas.

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