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31/01/2014 02:16 EST | Actualisé 01/04/2014 05:12 EDT

La rénovation de la résidence privée de Zuma, une épine dans le pied de l'ANC

A trois mois des élections sud-africaines, l'image de l'ANC, au pouvoir depuis 20 ans, est ternie par le scandale de la résidence privée du président Jacob Zuma, luxueusement agrandie aux frais du contribuable, tandis que les voisins n'ont ni eau ni électricité.

Isolé au coeur du pays zoulou, le village de Nkandla (est) serait resté anonyme s'il n'avait pas vu naître M. Zuma en 1942. Il fait la une de l'actualité depuis plusieurs mois en Afrique du Sud, l'Etat ayant dépensé plus de 200 millions de rands (13 millions d'euros) pour "améliorer la sécurité" du domaine privé du chef de l'Etat.

Or le président aurait profité de ces travaux pour faire installer air conditionné, pavement, clinique privée, centre d'accueil de visiteurs, amphithéâtre... et aussi une fort belle piscine, officiellement destinée à servir de réserve d'eau en cas d'incendie.

"On nous dit toujours que le gouvernement n'a pas d'argent, et voilà ce qui arrive", soupire Bonginkosi Khuzwayo, un chômeur du village.

"J'aurais aimé que l'argent dépensé pour construire la maison du président soit utilisé au bénéfice des habitants", ajoute-t-il, prévenant qu'il ne votera sans doute pas pour son illustre voisin lors des prochaines élections générales, au deuxième trimestre de cette année.

La route qui mène à Nkandla est pleine de nids de poules, ce qu'ignore visiblement le président: il dispose d'un héliport. Sa résidence ressemble désormais à un vaste lotissement fortifié de pavillons aux toits de chaume, qui rappelle ces "lodges" où les touristes fortunés vont voir des animaux sauvages.

Jacob Zuma n'y vient que rarement. Mais sa première femme MaKhumalo y a élu résidence. Elle y tient une épicerie, qui a été déplacée et entièrement refaite aux frais du contribuable.

A proximité de "la grosse maison de Zuma", comme l'appellent les habitants - certains ont été expulsés pour permettre l'agrandissement du domaine -, une bonne partie du village vit toujours sans eau courante ni électricité.

"Il peut voir que nous souffrons. Nos maisons s'écroulent sur nous", se désole Bhekekile Ndlovu, une retraitée qui fait vivre toute sa famille avec sa pension de 1.200 rands (80 euros). "Le gouvernement n'a pas eu une pensée pour nous."

Palpitations à l'ANC

Le médiateur, chargé en Afrique du Sud de veiller à la bonne utilisation des fonds publics, a enquêté sur Nkandla, mais le gouvernement a tout fait pour l'empêcher de publier son rapport, officiellement pour des raisons de sécurité.

Selon des extraits dévoilés dans la presse, Jacob Zuma va être prié de rembourser une partie des frais engagés.

Pour l'analyste Justice Malala, l'argent dépensé à Nkandla "symbolise tout ce qui indispose les gens avec le gouvernement actuel". Un scandale de plus avant les prochaines élections générales.

"L'ANC est assis là, et son coeur bat très, très vite parce que c'est un gros problème dans cette élection, cette maison", a-t-il dit à l'AFP.

La chef de l'opposition Helen Zille a fait le voyage, pour "inspecter" les lieux, mais elle a été empêchée d'approcher de la demeure présidentielle par des militants ANC très remontés.

Idem pour Julius Malema, l'ancien chef de file des jeunes du parti dominant, qui a maintenant fondé sa propre formation radicale, les Combattants pour la liberté économique (EFF). Ses troupes ont très médiatiquement construit une maison pour une pauvre voisine du président Zuma, son pire ennemi... Là encore, la police a dû intervenir pour éviter une bagarre générale.

Dans le village, des "Votez EFF" ont été peints sur les rochers et derrière les panneaux de circulation.

Selon l'analyste Ralph Mathekga, la tempête autour de Nkandla ne devrait cependant pas empêcher la victoire de l'ANC aux élections générales, "même si le parti se serait mieux porté sans elle".

"Les élections en Afrique du Sud ne se jouent pas autour d'une seule question. Et Nkandla seul se suffit pas pour influencer considérablement l'opinion de la base de l'ANC", estime-t-il.

Or, pour une majorité des Sud-Africains, l'ANC est encore le parti qui les a délivré du régime raciste de l'apartheid, quand bien même sa gestion des affaires publiques est contestable. C'est le parti de Nelson Mandela.

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