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31/01/2014 10:34 EST | Actualisé 02/04/2014 05:12 EDT

La chute du rouble, une bonne nouvelle pour la Russie?

La chute du rouble, une bonne nouvelle? Le gouvernement russe ne voit pas d'un mauvais oeil la dépréciation de la monnaie, potentiellement bénéfique pour son budget et l'industrie, tout en redoutant un choc pour les consommateurs.

La monnaie russe, suivant l'ensemble des monnaies émergentes, a violemment chuté ces dernières semaines: -6,5% face au dollar et -5% face à l'euro.

Elle a atteint cette semaine son plus bas niveau historique face à la monnaie unique européenne, qui est montée à plus de 48 roubles, et au plus bas niveau depuis mars 2009 face au dollar, monté au delà des 35 roubles.

Une aubaine pour le budget

La Russie tire la plupart de ses revenus budgétaires de ses exportations de gaz et de pétrole, vendues essentiellement en dollars. En 2013 déjà, le déficit, à 0,5% du PIB, a été moins élevé que prévu grâce aux cours élevés du brut, alors que le ralentissement de la croissance pesait au contraire sur les rentrées fiscales.

Un dollar plus élevé signifie plus de roubles dans les caisses, de quoi aider le président Vladimir Poutine à remplir ses promesses de campagne de 2012. "Toutes les hausses de prestations sociales seront financées. Certes avec des roubles qui ont moins de valeur, mais elles seront financées", a souligné vendredi le quotidien Vedomosti.

L'économiste Nikolaï Petrov, de la Haute école d'Economie de Moscou, estime ainsi que le gouvernement a volontairement laissé filer le rouble. "Les fonds manquent pour remplir les promesses de campagne. A la fin de l'année dernière, il a même été question de puiser dans les retraites. Le gouvernement, qui cherche à joindre les deux bouts et doit trouver 15 milliards de dollars pour l'Ukraine, est allé sciemment dans cette direction", explique l'expert à l'AFP.

Le souci de rigueur a poussé le gouvernement à lever le pied sur certains projets d'infrastructures censés relancer la croissance (1,3% en 2013 contre 3,4% en 2012), comme le projet de ligne à grande vitesse Moscou-Kazan, repoussé à des jours meilleurs.

Un coup de fouet pour l'industrie?

La baisse du rouble "présente probablement plus d'avantages que d'inconvénients", a estimé vendredi le ministre de l'Industrie Denis Mantourov. La production industrielle est pratiquement au point mort, avec une croissance de 0,3% l'an dernier contre 2,6% en 2012. L'industrie russe est souvent jugée peu compétitive et certaines entreprises se disent peu armées pour affronter l'entrée du pays dans l'Organisation mondiale du Commerce.

Or, un affaiblissement de la monnaie rend automatiquement la production russe moins chère, de quoi relancer les exportations. "La Russie n'exporte pas beaucoup de machines-outils et de biens de consommation, les catégories qui bénéficient d'une monnaie faible", tempère l'économiste Chris Weafer, de Macro Advisory. "L'avantage réel viendra avec la substitution de produits importés", poursuit-il. Autrement dit, face à des biens importés plus chers, la production nationale peut regagner des parts de marché.

"Pour les étrangers, il deviendra moins cher d'employer des Russes, et nous deviendrons plus compétitifs pour les investissements étrangers. Et nous en avons grand besoin pour nous moderniser", a expliqué l'économiste Iakov Mirkine au magazine Rousski Reporter.

Un choc pour la consommation?

La dépréciation du rouble est toujours vue avec une grande inquiétude par la population, traumatisée par de brusques dévaluations depuis la fin de l'Union soviétique, en 1998 et 2009 par exemple. Vu sa brutalité, le mouvement actuel fait la Une de la presse et occupe une grande partie des conversations. Au-delà des voyages à l'étranger moins accessibles, ce sont tous les produits importés qui se renchérissent. Ils constituent le tiers du panier de la ménagère, d'où un risque réel de perte de pouvoir d'achat.

L'autre crainte, c'est une hausse des taux d'intérêts des crédits si l'inflation, déjà à 6,5% l'an dernier, accélère encore. La première banque du pays, Sberbank, a assuré vendredi n'avoir aucune intention d'augmenter ses taux.

Un choc d'inflation serait d'autant plus mal venu que le ralentissement de la croissance commence seulement à peser de manière significative sur la consommation des ménages.

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